Lyon, le 22 mai 2016
Adrien Durousset, 24 ans, vient de sortir un livre intitulé  Placé, déplacé dans lequel il parle des lacunes de l'aide sociale à l'enfance
Lyon, le 22 mai 2016 Adrien Durousset, 24 ans, vient de sortir un livre intitulé Placé, déplacé dans lequel il parle des lacunes de l'aide sociale à l'enfance —

TEMOIGNAGE

Lyon: Adrien Durousset, l'itinéraire d'un «enfant placé, déplacé»

Ancien enfant de la DDASS du Rhône, le jeune homme vient de publier un livre « Placé, déplacé » dans lequel il retrace son parcours chaotique et épingle les dysfonctionnements de l’aide sociale à l’enfance…

Pendant quinze ans, sa vie s’est résumée à un numéro de dossier : le 404/0440. Un numéro parmi des milliers d’autres qui dort aujourd’hui dans les archives du service de la protection à l’enfance de la métropole de Lyon. Adrien Durousset, âgé de 24 ans, est un « ancien de la Ddass » du Rhône, un « placé, déplacé », expression qu’il a choisie pour le livre qu’il vient de publier et dans lequel il retrace son parcours chaotique et douloureux (édition Michalon).


En 1997, alors qu’il a 5 ans, un juge pour enfant décide de le retirer de sa famille, lui et son demi-frère. Père inexistant, mère négligente et intellectuellement incapable de s’occuper de lui, beau-père abruti par l’alcool et le porno, le foyer, vivant uniquement d’allocations, inquiète les services sociaux qui se décident à intervenir.

La vie du petit garçon n’en sera pourtant pas améliorée. Il sera trimballé de foyers en familles d’accueil, ne trouvant jamais sa place. « J’ai le sentiment d’être l’enfant de personne », confie-t-il.

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Aujourd’hui, étudiant en BTS de comptabilité, le jeune homme qui s’en est « sorti seul », en veut à l’aide sociale à l’enfance du Rhône, à son système, parlant de « maltraitance institutionnelle ». Considéré comme un « enfant à problèmes » souffrant de « troubles psychiatriques », le petit garçon n’a jamais été entendu. « Ma parole ne comptait pas ». Même lorsqu’il accuse la mère de sa deuxième famille de l’avoir battu et qu’il tente de se suicider.

« Mon éducatrice s’entendait bien avec elle. Elle me faisait passer pour un affabulateur et me demandait de retourner chez le psy », raconte-t-il. Et de raconter comment cette femme, délaissée par son mari, s’est retrouvée à élever plusieurs mineurs.

« On a trop laissé mes parents dans la déresponsabilisation »

« En 2006, elle est partie faire un pèlerinage de deux semaines, en nous laissant livrés à nous-même. Elle avait demandé aux voisins de nous surveiller. Le conseil général a accepté. Mais personne n’est jamais venu nous voir, l’éducatrice s’est contentée de se renseigner par téléphone sans jamais venir vérifier que nous étions seuls », explique-t-il.

Le garçon en veut aussi à ses parents qui « ne se sont jamais souciés de son existence », « qui ne lui ont jamais donné ni amour, ni la moindre affection ». « On les a trop laissés dans une déresponsabilisation », accuse le jeune homme.

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Sa vie à l’écran ?

En 2014, ses géniteurs ont pourtant été condamnés par la justice à lui verser une pension alimentaire de 150 euros par mois. Une condamnation dont ils ont tous deux fait appel. Sa mère ayant par ailleurs été renvoyée devant le tribunal correctionnel de Lyon pour non-paiement de pension.

Aujourd’hui, Adrien, débarrassé de son étiquette d’enfant de la Ddass, aspire à finir ses études et se lancer en politique. « J’aimerais donner un nouveau souffle à la protection de l’enfance », explique-t-il, ajoutant qu’il rêve secrètement de solliciter Emmanuelle Bercot pour réaliser un film, inspiré de son parcours.