Monaco-Asvel: «Je n’ai jamais été aussi proche de la NBA», confie Yakuba Ouattara

BASKET L’explosif arrière de 24 ans s’est confié à « 20 Minutes » sur son incroyable parcours avant le premier match de la demi-finale de Pro A ce dimanche (20 h 30) entre Monaco et l’Asvel…

Propos recueillis par Jérémy Laugier

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Yakuba Ouattara, ici opposé au Nanterrien Jérémy Nzeulie en janvier, sera l'un des principaux dangers monégasques pour l'Asvel.
Yakuba Ouattara, ici opposé au Nanterrien Jérémy Nzeulie en janvier, sera l'un des principaux dangers monégasques pour l'Asvel. — Henri Collot/SIPA

Les amateurs de basket lyonnais ne parlent que de lui cette semaine. Appelé pour la première fois de sa carrière en équipe de France jeudi en vue du tournoi de qualification pour les JO de Rio, Yakuba Ouattara (24 ans, 1,92 m) est perçu comme l’exemple ultime du joueur parvenant à gravir les échelons à toute vitesse, dix années seulement après sa première licence au Clar (Lyon 6e). Grande révélation de la saison en Pro A [12,9 points de moyenne], l’attachant arrière de Monaco se confie à 20 Minutes avant le début de la demi-finale face à l’Asvel ce dimanche (20 h 30).

Quelle a été votre réaction en voyant votre nom jeudi dans la liste de l’équipe de France choisie par Vincent Collet ?

J’étais vraiment surpris et très content d’en faire partie. Il n’y a rien d’écrit. Je vais essayer de faire ma place là-bas. Je ne pense pas que le sélectionneur ait déjà son équipe finale en tête.

Cette première convocation avec les Bleus intervient après seulement huit mois réussis en Pro A pour vous. N’avez-vous pas la sensation de brûler les étapes ?

Tout est allé super vite pour moi cette saison mais je suis à l’aise avec ça. Je sais garder les pieds sur terre.

A 14 ans, quand vous avez débuté le basket dans le petit club lyonnais du Clar, pensiez-vous sincèrement pourvoir devenir professionnel un jour ?

Au départ, je ne me posais pas la question. J’avais arrêté le foot et j’hésitais entre la boxe et le basket. J’ai donc accompagné un ami qui allait s’inscrire au Clar. C’est ensuite devenu un objectif pour moi et je m’en suis donné les moyens pour y arriver.

A croire vos anciens coachs et partenaires, rien ne semblait écrit…

Oui, je partais de très loin puisque je ne connaissais pas les règles. Je ne savais même pas ce qu’était une touche (rires). L’histoire est encore plus belle vu que je n’étais pas destiné à cette carrière. Mon cas reste exceptionnel mais il n’est pas unique puisque des joueurs comme Cyril Akpomedah, Mam Jaiteh et Clint Capela ont démarré tard également.

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Quel lien conservez-vous avec le playground de la place de l’Europe, où vous avez effectué vos premiers pas dans le 6e arrondissement de Lyon ?

C'est là où j’ai découvert le basket. Petit à petit, je suis tombé amoureux de ce sport. Vite affronter des joueurs plus grands que moi m’a aidé à me former. Je garde d’ailleurs encore des traces de cette période dans mon jeu.

Il paraît que vous dormiez quasiment sur cette place à l’époque…

(Sourire) Durant l’été, je jouais avec des amis le matin, je faisais des matchs tout l’aprem et le soir je retournais m’y entraîner seul ou avec un ami. Je me souviens de un contre un qui pouvaient durer jusqu’à 3 heures du matin. C’était un peu fou.

Les habitants ont dû vous maudire là-bas…

Non, il n’y a jamais eu de plaintes. Je pense que leurs fenêtres devaient être bien isolées (rires) !

A l’adolescence, aviez-vous un modèle dans le basket ?

Michael Jordan a vite été mon idole. Je regardais tous les reportages qui lui étaient consacrés [Yakuba n'avait que 6 ans lors du dernier titre de MJ à Chicago]. Il n’y a qu’un mot qui revenait chez lui : le travail. Tous les joueurs d’un certain niveau à qui je demandais des conseils me disaient exactement la même chose. Le secret, c’est bien le travail.

Comment l’Asvel a-t-elle pu laisser un pur Lyonnais comme vous filer au centre de formation de Chalon-sur-Saône [de 2009 à 2013] ?

L’Asvel n’est pas passée à côté de moi. Mais lorsque le club a voulu que je le rejoigne, j’étais à la Cro [cadets région et N3 à 16] et ma coach Brigitte Coste me conseillait plutôt de rejoindre Chalon pour ma formation. J’ai aussi pensé que ce serait une bonne idée pour moi de quitter Lyon afin de ne pas risquer de me disperser dans ma ville.

Comment imaginez-vous cette série face à Villeurbanne qui débute ce dimanche ?

C’est une sensation particulière pour moi de rejouer à Lyon. Cette série [au meilleur des cinq matchs] sera très difficile. Nous aurons face à nous la meilleure défense du championnat et la clé sera notre capacité à bien défendre. Nous avons les armes pour scorer puisque tout le monde peut mettre 20 points dans notre équipe. Mais il faudra aussi être dans le combat et bien défendre. Si c’est le cas, ce sera dur de nous arrêter dans ces play-offs.

L’ambiance à Monaco est souvent moquée en football. A quelle réception doit s’attendre l’Asvel pour ces deux premiers matchs de la demi-finale ?

Franchement, on a droit à une superbe ambiance et je fais partie des premiers surpris. Quand j’étais venu ici en Pro B avec Denain la saison passée, il n’y avait pas grand monde dans les tribunes et ça m’avait marqué. Mais je pense qu’on a communiqué au public le fait que notre équipe soit composée de mecs très ouverts et qu’on s’amuse ensemble.

Cela signifie-t-il que vous souhaitez rester à Monaco quoiqu’il arrive la saison prochaine ?

J’aurai encore une année de contrat avec Monaco mais on ne sait pas ce qu’il peut se passer. Plusieurs franchises NBA viennent voir mes matchs : Dallas, Utah, Atlanta et Brooklyn.

Dans votre folle ascension, où placez-vous la NBA ?

C’est le rêve de tout enfant et je n’en ai jamais été aussi proche.

Après avoir remporté les deux derniers concours de dunks au All Star Game de Pro A, vous imagineriez-vous défier Zach LaVine et Aaron Gordon là-bas ?

(Sourire) Pourquoi pas… Ça serait un tout autre niveau. Je regarde ce Slam Dunk Contest de NBA depuis tout jeune et j’ai parfois l’impression que ces gars volent. Je ne tente pas tant de dunks que ça à l’entraînement mais je sais que ces concours m’ont donné plus de visibilité.