Equipe de France: A 14 ans, le Lyonnais Yakuba Ouattara «savait à peine dribbler»

BASKET L'arrière de Monaco, grande surprise de la liste de Vincent Collet pour le TQO jeudi, a commencé le basket il y a seulement dix ans sur un playground de Lyon...

Jérémy Laugier

— 

Yakuba Ouattara a remporté son deuxième concours de dunks consécutif lors du dernier All Star Game en décembre dernier.
Yakuba Ouattara a remporté son deuxième concours de dunks consécutif lors du dernier All Star Game en décembre dernier. — J.E.E/SIPA

Victor Joatton n’a pas l’habitude de voir ses anciens protégés sélectionnés en équipe de France de basket. C’est pourtant bien cet ex-coach au Clar, petit club de Lyon 6e, qui a accueilli en 2006 Yakuba Ouattara lors d’un entraînement. L’arrière monégasque de 24 ans (1,92m), qui va défier l’Asvel en demi-finales de Pro A à partir de dimanche et qui a été la surprise majeure de la liste de Vincent Collet jeudi, était alors très loin du niveau international.

« Quand il a débarqué chez nous à 14 ans, en minimes départementaux, il shootait comme un joueur de foot ferait une touche et il savait à peine dribbler », s’amuse Victor Joatton, qui se souvient l’avoir vu tenter… et manquer trois dunks lors d’une large défaite face à Charpennes cette saison-là. A l’époque, le natif de Tepa (Ghana) vient d’abandonner le football et passe son temps au célèbre playground de la Place de l’Europe (Lyon 6e).

>> A lire aussi: «Je n’ai jamais été aussi proche de la NBA», confie Yakuba Ouattara

« Il démarrait de zéro et personne ne voulait jouer dans son équipe »

« C’était son fief. J’avais l’impression qu’il dormait là-bas. Il y jouait même avec des gants quand il neigeait ! », confie son ami Fabio Andriano, qui l’a fait venir à la Cro Lyon (Lyon 4e) de 2007 à 2009. « Il démarrait de zéro et personne ne voulait jouer dans son équipe à l’époque. Mais Yakuba était prêt à travailler comme un acharné », explique avec admiration l’actuel joueur du Clar en N3. Les progrès de Ouattara sont criants, au point de le voir cette fois réussir un dunk dans une finale de cadets région remportée par la Cro.

A 16 ans, il est même surclassé avec l’équipe première du club lyonnais en Nationale 3 et il parvient à séduire Chalon-sur-Saône. « Même s’il avait déjà à 14 ans un potentiel physique monstrueux avec des bras tentaculaires, j’ai été sur le cul de découvrir par hasard qu’il était devenu espoir puis pro à Chalon », se souvient Victor Joatton. Sa trajectoire supersonique s’accompagne d’un titre de champion de France espoirs et d’un Trophée du Futur en 2013 avec l’Elan. Deux compétitions dans lesquelles l’ancien habitué du basket de rue est même élu MVP.

« Il pourrait embrasser le cercle »

Peu utilisé à Chalon pour sa première saison professionnelle en 2013-14 [3,3 points et 7 minutes de jeu en moyenne], Yakuba Ouattara rebondit l’année suivante à Denain en Pro B, avant d’exploser depuis huit mois avec le promu et leader de Pro A Monaco [12,9 points en 26 minutes]. Celui-ci marque aussi les esprits en remportant en 2014 et 2015 le concours de dunks du All Star Game français avec des envolées ahurissantes.

« Il pourrait embrasser le cercle », constate Fabio Andriano, bluffé par sa facilité à s’imposer au haut niveau. « Ce qui me choque le plus, c’est qu’on ne voit pas du tout aujourd’hui qu’il s’agit d’un joueur de rue. C’est devenu un vrai beau basketteur qui a su tout modifier, à commencer par son shoot au-dessus de la tête », sourit son ancien partenaire à la Cro.

Plusieurs franchises NBA le suivent de près

Au Clar, on s’imagine déjà en train de regarder à la télévision cet été un ancien de la maison vivre ses premiers pas sous le maillot bleu aux côtés de Tony Parker. « Sur le ton de la blague, je dirai que c’est un gone que j’ai formé », lance Victor Joatton. Pressé de le voir à l’Astroballe le 27 mai pour le 3e match des demi-finales de Pro A, Fabio Andriano repense à une conversation partagée avec Yakuba, en rentrant d’un entraînement de la Cro Lyon.

« Il me disait qu’il allait devenir professionnel et je me moquais déjà un peu de lui. Mais j’ai surtout été plié en quatre quand il m’a annoncé qu’il jouerait un jour en NBA. C’est Yakuba, il a toujours tenu à viser la lune pour atteindre les étoiles », explique son ami lyonnais. La lune n’est plus si loin puisque plusieurs franchises NBA se rendent régulièrement à Monaco pour observer le nouveau phénomène du basket français.