Lyon: Un prêtre, victime de pédophilie, épingle la manière dont le cardinal Barbarin gère les scandales

SCANDALE DANS L’ÉGLISE Un membre du diocèse a interpellé le cardinal sur sa gestion des scandales pédophiles lors d'une réunion à huis clos...

Elisa Frisullo

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Lyon, le 13 mars 2016. Illustration lors d'une messe organisée en la primatiale Saint-Jean.
Lyon, le 13 mars 2016. Illustration lors d'une messe organisée en la primatiale Saint-Jean. — Elisa Frisullo / 20 Minutes

En matière de pédophilie, la parole se libère jusque dans les rangs du clergé. Dans une lettre rendue publique samedi par France 3 Rhône-Alpes, un prêtre du diocèse de Lyon, victime par le passé d’actes de pédophilie, a choisi à son tour de briser la loi du silence et d’épingler, sans détour, la manière dont le cardinal Barbarin gère les scandales qui tourmentent l’Eglise.

Le curé, qui souhaite conserver l’anonymat, avait décidé de témoigner à visage découvert devant ses pairs, le 25 avril dernier, lors d’une réunion à huis clos organisée à Valpré à Ecully entre l’archevêque de Lyon et les prêtres du diocèse au sujet des affaires de pédophilie et d’agressions sexuelles. Ce jour-là, son témoignage n’avait pas fuité dans les médias, tenus à l’écart de la réunion. Et seuls les propos indécents de deux curés lyonnais, sommés ensuite par le cardinal de présenter leurs excuses, avaient été relayés par la presse.

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Des faits pédocriminels dédommagés par un chèque

Au cours de cette rencontre, destinée à présenter au clergé les mesures mises en place pour lutter contre la pédophilie, ce prêtre s’était levé pour lire sa lettre devant l’archevêque et les 200 curés réunis autour de lui. Dans ce texte, il raconte avoir été victime de deux pédocriminels, un prêtre et un ancien séminariste, alors marié et père de famille. Ces faits, datant d’il y a une quarantaine d'années, il explique les avoir confiés au cardinal Billié, décédé depuis, puis à l’évêque du prêtre concerné, et avoir contacté ces deux agresseurs. « Ils ont fait un chèque. Cela valait reconnaissance du dommage et m’a aidé à payer la psychanalyse », explique l’homme d’Église.

Dans sa lettre, véritable plaidoyer en faveur du soutien aux victimes, l’homme d’Église égratigne, condamne, courageusement, le manque d’écoute et l’attitude dont a fait preuve le cardinal Barbarin après la révélation, début janvier, de l’affaire Preynat.

« On pourra penser que notre évêque est victime d’une campagne injuste voire revancharde. L’affaire Preynat est sortie dans la presse parce que les victimes ne s’estimaient pas entendues. Mais la médiatisation, à laquelle l’évêque a lui-même participé jusqu’à récemment, est d’abord la conséquence de son manque d’écoute et une tentative pour le forcer à sortir de son immobilisme et de sa logique défensive », écrit le curé, très critique aussi vis-à-vis du pardon exprimé par le Primat des Gaules aux victimes.

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« La demande de pardon de l’évêque lors de la messe chrismale (…) se termine par un ajout qui le disculpe au moment même où il demande pardon : « quand bien même je n’étais pas évêque au moment de ces faits abominables ». (…) On ne plaide pas les circonstances atténuantes au moment même où l’on demande pardon », écrit le curé, qui estime que les divers propos maladroits de l’archevêque révèlent qu’il « ne pense pas avec les victimes ».

« Il semble que l’évêque ne reçoive que difficilement les victimes. Cela donne l’impression qu’il s’en méfie. Mais l’écoute ne se délègue pas. L’embauche d’un cabinet conseil en communication est aussi désastreuse qu’inutile, comme on l’a vu. Elle manifeste en effet et encore qu’il s’agit de se défendre. Les avocats suffisent à cela. Je préconise que l’évêque s’en sépare », ajoute enfin ce prêtre, dont l’initiative ne semble être motivée que par la volonté de faire évoluer l’Eglise- et le cardinal — sur l’écoute et le soutien apporté aux victimes.

« Notre loyauté même vis-à-vis de l’évêque passe par une prise de parole qui lui dise clairement qu’il fait fausse route ».