Dentexia : Le collectif des plaignants lance des opérations coups de poing

SANTE Estimant ne pas être écoutées par le gouvernement, les victimes de Dentexia menacent de durcir le ton alors que la justice examinera la première plainte d'un patient le 24 mai...

Caroline Girardon

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Dentexia affichait un forfait "tout compris" à 970 euros pour la pose d'un implant, contre 2.370 euros en moyenne en Rhône-Alpes, selon ses calculs.
Dentexia affichait un forfait "tout compris" à 970 euros pour la pose d'un implant, contre 2.370 euros en moyenne en Rhône-Alpes, selon ses calculs. — Philippe Merle afp.com

Deux mois après la liquidation judiciaire de Dentexia, centres dentaires low-cost,

les victimes ne cessent de se manifester. Le tribunal correctionnel de Chalon-sur-Saône examinera d’ailleurs la première plainte de l’une d’entre elles le 24 mai. Aujourd’hui, le collectif des plaignants recense plus de 2.200 victimes.

Un chiffre qui pourrait grossir encore ces prochaines semaines. « J’ai reçu plus de 6.500 courriels », assure Abdel Aouacheria, l’initiateur du collectif.

Sur les personnes déjà enregistrées, entre 1.600 et 1.700 habitent Lyon et ses environs. 200 proviennent de Chalon-sur-Saône, 280 de Paris et 250 de Marseille.

« Plus de la moitié des plaignants ont payé des soins qui n’ont jamais été finalisés. Certains par exemple n’ont plus de dents car elles ont été arrachées ; les implants n’ont jamais été posés. Il y a également des personnes mutilées, victimes de malfaçons », raconte Abdel Aouacheria.

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Dans les courriers que 20 Minutes s’est procurés, les victimes décrivent « des douleurs atroces », « des maux de tête terribles depuis quatre ans », « des dents cassées », « des occlusions ». « Aidez-moi à retrouver ma dignité car je n’ose plus ni parler ni sourire », implore l’une d’entre elles qui ne « peut plus manger ». « Je pense chaque jour à mettre fin à ma vie », écrit une autre.

Des frais réglés en intégralité avant le début des soins

Les autres plaignants ont payé sans avoir eu le temps d’avoir les soins nécessaires. Car Dentexia, en guise de ticket d’entrée, demandait à chacun de ses patients de régler à l’avance l’intégralité des soins promis.

« Ceux qui n’avaient pas les moyens étaient mis en relation avec des sociétés de crédit complices. Plus de la moitié des victimes continuent aujourd’hui de régler des mensualités alors que les centres sont fermés », rapporte Abdel Aouacheria.

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« Urgence sanitaire »

Les sommes engagées iraient de 490 euros (pour une couronne) à 27.000 euros. Certaines victimes auraient même emprunté plus de 16.000 euros, précise le collectif qui a réclamé au ministère de la santé l’ouverture d’un guichet unique au nom de « l’urgence sanitaire » afin que les patients puissent poursuivre leurs soins ailleurs. Et que l’Etat leur octroie de l’argent.

« On ne demande pas l’aumône, juste qu’il nous avance les frais, le temps que les compagnies d’assurance fassent leur travail », plaide Abdel Aoucheria. Mais sur ce point, le collectif a reçu une réponse négative. « Ils ont peur de créer un précédent », analyse le porte-parole de ces « sans-dents ».

Et de poursuivre : « L’Etat doit réparer ses erreurs. Nous avons l’impression d’avoir été des cobayes. On nous prend de haut, on nous regarde comme des victimes du low-cost, sous entendant que c’est de notre faute si on s’est fait avoir. Mais l’Etat a permis à ses cabinets d’ouvrir. Le législateur est responsable de ce qui est arrivé. »

Le collectif mènera des actions coups de poing ce lundi 9 mai à Lyon, Paris et Chalon. Il organisera également deux réunions d’information pour les victimes à Lyon les 9 et 17 mai. Des avocats seront présents pour répondre aux questions. Un numéro vert gratuit a également été mis en place depuis le 2 mai. Pour les patients soignés dans l’un des trois centres du Rhône, il s’agit du 0 800 100 378.