Michel Neyret, un flic à l'ancienne «plein de paradoxes»

JUSTICE Le procès de l'ancienne star de la PJ lyonnaise s'ouvre ce lundi à Paris...

Caroline Girardon

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Le procès de Michel Neyret, ancienne setar de la police judiciaire lyonnaise s'ouvrira le 2 mai 2016 à Paris. AFP PHOTO / JEFF PACHOUD
Le procès de Michel Neyret, ancienne setar de la police judiciaire lyonnaise s'ouvrira le 2 mai 2016 à Paris. AFP PHOTO / JEFF PACHOUD — AFP

Un homme « attachant », « un flic redoutable et détestable ». C’est ainsi que David Metaxas, souvent dépeint comme l’enfant terrible du barreau de Lyon, décrit Michel Neyret, « son meilleur ennemi » à qui il a d’ailleurs consacré un livre et avec lequel il partageait bon nombre de soirées mondaines.

Le jeune avocat, soupçonné d’appartenir au système Neyret, fait partie des neuf prévenus qui comparaissent à partir de ce lundi devant le tribunal de Paris, aux côtés de l’ancienne star de la police judiciaire lyonnaise, poursuivie pour corruption, trafic d’influence, trafic de stupéfiants et association de malfaiteurs.

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« Des facettes très différentes »

« Neyret est un guerrier », aimait encore à répéter l’ambitieux avocat. « C’est quelqu’un que l’on peut difficilement cerner, un personnage aux facettes très différentes », poursuit Richard Schittly, journaliste et auteur du Commissaire Neyret, chute d’une star de l’antigang (édition Tallandier)

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« Quand je parle de lui avec ses subordonnés, certains le décrivent comme un homme très dur, cassant. Moi j’ai découvert quelqu’un de cultivé, plein de finesse. C’est une encyclopédie vivante, un puits de science. Je n’ai jamais vu cela. Il a une telle connaissance du milieu », continue le journaliste.

Sa passion : la chasse aux voyous

Considéré comme une « référence », Michel Neyret a enchaîné les succès pendant vingt ans, notamment lorsqu’il était à la tête de la BRI de Lyon. « C’était un vrai flic à l’ancienne, un gars de terrain », se souvient Bruno Papet qui a travaillé six ans sous ses ordres et dont la vie a inspiré le film Les liens du Sang.

« Il mouillait sa chemise. Quand il appelait le week-end pour un braquage de banque, on ne se posait pas de questions. On arrivait immédiatement et on le suivait les yeux fermés », raconte l’ancien policier, fervent soutien du commissaire déchu.

« C’est un homme qui savait mener ses équipes en douceur. Il avait de grosses qualités humaines. Il nous respectait, on le respectait. Michel Neyret n’était ni de droite, ni de gauche, ni franc-maçon. Il était flic avant tout et sa passion, c’était la chasse aux voyous », martèle Bruno Papet qui refuse de considérer son ancien chef comme un corrompu. « Ce n’est pas un ripou. C’est même une hérésie de l’avoir mis au trou. »

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François Saint-Pierre, avocat au barreau de Lyon, a souvent ferraillé avec l’ancien commissaire devant la cour d’assises : « C’est un homme extrêmement courtois et enjoué qui avait de bonnes relations avec les avocats en général. Devant la cour, il était un bon témoin qui savait jouer le jeu. Il était sûr de lui mais jamais méprisant. »

« Le seul reproche que je lui ai fait est d’avoir employé des stratégies qui pouvaient mettre en danger la vie d’otages par exemple, lorsqu’il voulait réussir un flagrant délit. Mais ça ne remet pas en cause la personne qu’il était », poursuit l’avocat.

« Avant, il passait sa vie au boulot »

« Plein de paradoxes », Michel Neyret a su rapidement devenir le chouchou des médias, cultivant son côté charmeur. « C’est pourtant un homme qui peut être d’une certaine timidité, dévoile Richard Schittly. Il a un caractère finalement fermé, ce n’est pas quelqu’un qui étale ses sentiments. Il cache bien son jeu. Il est bien plus solitaire qu’on ne le pense. »

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Pour le journaliste, l’ancienne star lyonnaise aurait commencé à franchir la ligne, sortant plus souvent le soir et récoltant une réputation de « fêtard » les trois ou quatre dernières années de sa carrière.

« Avant, il passait sa vie au boulot. Il était extrêmement méticuleux. Quand il a commencé à être médiatiquement connu, il a découvert une autre vie socialement. On ne peut pas dire qu’il a perdu pied non plus mais ce nouveau style de vie qu’il a adopté, a peut-être joué un rôle dans sa chute », explique-t-il. Et de poursuivre : « Avant, il avait une idée de la frontière à ne pas dépasser, il était très méfiant. Sur la fin, il a pu se laisser plus facilement entraîné. »