Un tunnel peut en casser un autre

Pierre Silvain - ©2007 20 minutes

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Sale temps pour le tunnel de la Croix-Rousse, fermé depuis un mois à cause d'un problème de ventilation. Alors qu'il doit rouvrir lundi, l'ouvrage pourrait prochainement subir un nouveau revers. Le projet de percement d'un second tube, décidé cet été par le Grand Lyon, est sur le point d'être remis en question par... des amateurs de souterrains. Des cataphiles envisagent de déposer un dossier auprès de l'Unesco pour que les nombreux réseaux souterrains de Lyon, dont certains remontent à l'époque romaine, soient classés au Patrimoine mondial de l'humanité et donc protégés comme le reste du centre-ville. Parmi eux, les célèbres « arêtes de poisson », un réseau de galeries construites au XVIIe siècle pour drainer l'eau entre la rue des Fantasques (1er) et le Rhône, directement menacé par le second tube. Le forage d'étude, qui doit débuter le mois prochain depuis la place Chazette, à l'entrée du tunnel, passera ainsi dans deux galeries de ce réseau.

La démarche auprès de l'organisme onusien a été initiée par le guide Jean-Luc Chavent, présentateur de « Vie de quartier » sur TLM et amoureux du Lyon souterrain. « Le dossier sera présenté à l'Unesco avant la fin de l'année, » précise-t-il. Farouche défenseur de ce patrimoine peu connu, il avait déjà proposé en 1994 un projet pour ouvrir au public les « arêtes de poisson ». Ces souterrains sont aujourd'hui quasi inaccessibles. Des portes blindées bloquent les entrées et les bouches d'égouts ont été soudées par les services du Grand Lyon pour des raisons de sécurité. La démarche de Jean-Luc Chavent est soutenue par d'autres passionnés d'exploration urbaine. « Si on ne dit rien, il y a un risque que tout soit bétonné et ces galeries seront définitivement perdues. L'objectif de ce dossier n'est pas d'empêcher le percement du tunnel. Nous souhaitons seulement qu'il soit réalisé de manière à protéger ce patrimoine souterrain », explique Emmanuel Burry, vice-président de l'Organisation pour la connaissance et la restauration d'Au-dessous-terre (Ocra).