Pédophilie: Le cardinal Barbarin reconnaît des « erreurs » devant ses prêtres

SCANDALE DANS L'EGLISE Près de 220 des 400 prêtres invités à une réunion sur la pédophilie ont échangé avec l’archevêque de Lyon lundi sur les affaires qui ébranlent le diocèse…  

Elisa Frisullo

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Le cardinal de Lyon, Philippe Barbarin lors d'une conférence de presse à Lourdes, le 15 mars 2016.
Le cardinal de Lyon, Philippe Barbarin lors d'une conférence de presse à Lourdes, le 15 mars 2016. — ERIC CABANIS AFP

Pas de grande révélation ni de mesures bien nouvelles. Mais l’occasion de rappeler, en pleine tourmente, les erreurs commises par le diocèse. Ce lundi après-midi, lors d’une réunion sur la pédophilie organisée à Ecully par le cardinal avec les prêtres du Rhône et du Roannais, l’archevêque de Lyon Philippe Barbarin a pu échanger et écouter son clergé au sujet des diverses affaires de pédophilie qui depuis janvier secouent le diocèse.

Au-delà de ce temps de dialogue, attendu par de nombreux hommes d’Église, l’objectif de cette rencontre, à laquelle 220 des 400 prêtres conviés ont participé, était de donner de « nouvelles orientations en matière de lutte contre la pédophilie et les abus sexuels commis au sein de l’Eglise », a rappelé le diocèse dans un communiqué.

Une déclinaison des mesures nationales

Sur ce point toutefois, le cardinal n’a rien annoncé de nouveau, les mesures présentées ce lundi aux curés étant une déclinaison des actions nationales prévues et communiquées récemment par la Conférence des Evêques de France. Après avoir reconnu des « erreurs du diocèse dans la gestion et la nomination des prêtres », il a ainsi indiqué qu’une cellule d’écoute avait été mise en place à destination des victimes.

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Plusieurs cas de prêtres à l’étude

Il a également précisé qu’un collège d’experts, composé d’un magistrat, d’un psychiatre, d’un médecin, d’un canoniste, de parents, d’une assistante sociale et du vicaire général, était chargé « d’étudier et d’analyser le cas de certains prêtres ». Ce collège s’est déjà réuni les 6 et 12 avril et devrait se réunir cette semaine puis tous les quinze jours « afin d’étudier un certain nombre de dossiers présentant des situations très variées », a précisé le diocèse. Le 30 juin, des avis devront avoir été rendus sur ces cas.

Pour soutenir les personnels du diocèse et des paroisses dans cette période tourmentée, un accompagnement psychologique est également proposé à tous ceux qui en ressentiraient le besoin. Parmi les mesures envisagées pour les prochains mois, des réflexions sont en cours pour améliorer la formation et la prévention auprès des prêtres au sujet de la pédophilie et des agressions sexuelles.
 

La semaine passée, en amont de cette réunion à huis clos, des victimes présumées du Père Preynat, réunies au sein de La Parole Libérée avaient écrit aux prêtres du diocèse pour leur demander de se faire « les porte-paroles des victimes silencieuses ». Selon l’association, une dizaine d’hommes d’Église avait alors répondu, dont une grande majorité en apportant leur soutien à la démarche entreprise en janvier par les anciens scouts de Sainte-Foy-les-Lyon, abusés par le passé par le père Preynat.

Des déclarations bien maladroites

Certains, interrogés ce lundi avant la réunion par l'AFP, se sont toutefois montrés moins à l'écoute vis à vis des victimes. Voire injurieux. «Je ne comprends pas pourquoi ils ont attendu si longtemps. A l'époque, ils disaient être les chouchous du père Preynat, ils en étaient fiers. Alors est-ce que ces gamins étaient très normaux? Être fier quand on se fait peloter, ça me paraît curieux», a notamment indiqué Jean Lacombe, prêtre à Villeurbanne. Selon lui, «les parents auraient dû porter plainte».

Georges Favre, prêtre retraité, a répondu aux journalistes par une plaisanterie douteuse: «Ma position ? Je n'ai pas violé beaucoup d'enfants; je suis assez clean à ce sujet-là. Heureusement, parce que vous auriez pu en faire partie, comme vous êtes très jeunes les uns et autres», a-t-il lancé. Avant de poursuivre: «Finalement, c'est comme dans l'Éducation nationale, ça fait porter le soupçon sur toute une profession. Ça c'est regrettable, c'est un peu difficile à vivre».