Illustration d'une église le 8 octobre 2015.
Illustration d'une église le 8 octobre 2015. — AFP PHOTO / CHARLY TRIBALLEAU

SCANDALE

Scandale dans l'Eglise: Une affaire impliquant un prêtre lyonnais affecté à Montauban ressurgit du passé

L'homme d'Eglise a été interdit de ministère par le cardinal Barbarin en 2005...

Ce nouveau cas, révélé ce vendredi par le site Médiapart (lien payant), vient allonger la liste des affaires qui, depuis des semaines, tourmentent le diocèse de Lyon. Selon le site d’informations, un prêtre lyonnais affecté dans le Tarn-et-Garonne à Castelsarrasin, dans les années 90 après des plaintes de paroissiens et de laïcs, est visé par une enquête préliminaire ouverte récemment par le parquet de Toulouse.

Du côté de l’Eglise lyonnaise, une procédure visant à réduire à l’Etat laïque cet homme d’une soixantaine d’années a également été engagée récemment. Soit dix ans après que le père D. s’est vu retirer tout ministère par l’archevêque Barbarin et plus de 20 après les premières plaintes arrivées sur le bureau du diocèse de Lyon.

« Un gourou manipulateur »

La procédure engagée aujourd’hui par la justice fait suite à une plainte déposée le 29 mars par un père de famille de la région de Montauban, dont le fils serait depuis plusieurs années sous le joug de ce curé, décrit par le plaignant comme un « gourou manipulateur ». Dans ce dossier, aucun fait à caractère sexuel ne viserait le prêtre, rapporte Médiapart. Mais ces accusations font écho aux plaintes qui, en 1994 avaient, incité l’église lyonnaise à éloigner le prêtre vers le diocèse de Montauban.

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« Il y avait alors des plaintes de parents faisant état d’une emprise trop grande de ce prêtre sur leurs enfants et dans le même temps, lui, voulait se rapprocher de son père malade », explique une source proche du diocèse de Lyon. « Mais jamais il n’y a eu de plaintes à caractère sexuel et jamais le cardinal Barbarin n’a rencontré de victimes présumées de ce prêtre, qui a quitté le diocèse il y a 20 ans et auquel tout ministère a été retiré en 2005 par l’archevêque », ajoute cette même source.

Un ancien aumônier du lycée Saint-Exupéry

Pour quels motifs ? Comme dans les années 1990, lorsqu’il officiait à la Croix-Rousse, ou en tant qu’aumônier du lycée Saint-Exupéry à Lyon, le Père D. avait été en 2002 la cible de plaintes à Montauban, dénonçant son emprise sur les jeunes et les adultes. Le diocèse de la ville avait alors décidé de lui retirer son ministère.

Trois ans plus tard, le cardinal de Lyon faisait de même. « Il a été interdit par le cardinal Philippe Barbarin, de tout ministère en raison de fragilités psychologiques qui l’empêchent d’assumer sa mission de prêtre », précise le diocèse ce vendredi dans un communiqué, rappelant n’avoir connaissance à ce jour « d’aucune plainte déposée contre le Père D. » A ce moment-là, le Primat des gaules aurait rencontré l’homme d’Église pour lui proposer un soutien psychologique et de l’aide pour trouver un emploi salarié. « Des pistes qu’il a refusées », ajoute le diocèse.

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Des accusations d’agressions sexuelles, mais pas de plainte

Privé de ses fonctions cléricales, le curé n’aurait pas pour autant cessé de faire parler de lui par la suite. Au-delà de l’emprise qu’il aurait exercée, des accusations beaucoup plus graves menacent ce prêtre, qui a renoncé en 2016 au statut canonique de l’état clérical. Un jeune homme, cité par Médiapart et ne souhaitant pas porter plainte pour le moment, dit en effet avoir subi des agressions sexuelles de la part du curé entre 2005 et 2009. Il était alors âgé de 15 ans, scolarisé à Toulouse et côtoyait le père D. depuis son enfant, l’homme étant un proche de sa famille.

Interrogé par le site d’information, le père D., qui vit dans un village de Tarn-et-Garonne, a accepté de s’exprimer sur ces accusations. « J’assume tout ce que j’ai fait. Je n’ai pas le sentiment d’avoir imposé des gestes (…) Vous pouvez embrasser quelqu’un qui ne vous embrassera pas en retour, ce n’est pas nécessairement qu’il était contre », a indiqué le sexagénaire aux journalistes venus l’interroger.

Contacté par 20 Minutes, le parquet de Toulouse n’a, pour l’heure, pas pu être joint concernant cette enquête.