Projet de loi égalité : «C'est de la poudre aux yeux» pour les habitants de Vaulx-en-Velin

POLITIQUE Manuel Valls et onze de ses ministres sont venus présenter le projet de loi égalité ce mercredi à Vaulx-en-Velin, commune emblématique de la politique de la ville…

Caroline Girardon

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Manuel Valls, durant sa visite à Vaulx-en-Velin ce mercredi 13 avril 2016. 
Crédit: KONRAD K/SIPA
Manuel Valls, durant sa visite à Vaulx-en-Velin ce mercredi 13 avril 2016. Crédit: KONRAD K/SIPA — SIPA

L’objectif se veut ambitieux : mettre fin à l '« apartheid territorial, social, ethnique ». Manuel Valls et une pléthore de ministres étaient en déplacement à Vaulx-en-Velin ce mercredi après-midi pour un Comité interministériel égalité et citoyenneté (CIEC), où ils ont détaillé un projet de loi visant à « lutter contre les ghettos dans les banlieues ».

La commune n’a pas été choisie par hasard. Hantée par les premières émeutes urbaines (1990), traumatisée par le souvenir deKhaled Kelkal, gamin de la cité, devenu l’un des terroristes islamistes ayant participé à la première vague d’attentats en France (1995), Vaulx-en-Velin a su transformer son image en vingt-cinq ans, devenant un « modèle » selon le gouvernement.

Le plus fort taux de bénéficiaires du RSA de l’agglomération

Au fil des années, des barres ont été démolies, de nouveaux logements plus modernes ont été construits, des espaces verts aménagés, le métro et le tramway sont arrivés, au Sud. Le bidonville du Carré de Soie est désormais une zone économique importante.

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Mais « Vaulx », comme la surnomment ses habitants, reste la ville de l’agglomération lyonnaise ayant le plus fort taux de bénéficiaires du RSA, le plus fort taux de chômage des jeunes et le plus bas niveau de qualification. Un classement en a même fait récemment la troisième ville la plus pauvre de France. Alors certains de ses habitants restaient sceptiques quant à la venue du gouvernement.

« De la poudre aux yeux »

« Je souhaite que ça change un peu les choses… pour une fois. A Vaulx-en-Velin, on n’est pas riche », se désole Ahmed, conducteur d’engins de travaux publics, au chômage depuis quatre ans. « J’enchaîne les petites missions mais je ne décroche aucun emploi fixe. Le travail ici, on le donne aux gens de l’extérieur ».

« Tout ça, c’est de la poudre aux yeux », ajoute Abdelhak. « J’avais rencontré ici même François Hollande lors de la campagne présidentielle. Il m’avait dit qu’il allait nous donner un coup de pouce. Cinq ans après, rien n’a changé. Il nous a oubliés ? » s’interroge ce père de famille, bénéficiaire du RSA. « J’ai perdu mon emploi il y a deux ans. Aujourd’hui, j’ai 47 ans et je ne trouve rien. C’est une réalité ».

« Le ghetto est aussi dans les écoles »

« Le ghetto est dans les cités mais aussi dans les écoles », regrette Hayette, son épouse. « Il n’y a pas de mixité sociale dans les classes. Quant au lycée, parlons-en. Mon fils a eu cinq remplaçants de maths depuis le début de l’année. Vous trouvez ça normal ? ».

Laurent, lui, veut y croire. « Avant, quand on disait qu’on habitait Vaulx-en-Velin, on avait honte. Aujourd’hui, on en est fier ». Pour Monique, la présence au gouvernement d’Hélène Geoffroy, l’ancienne maire, est un gage de sûreté, « un tremplin » pour la ville. « La Reine a fait beaucoup pour notre nous, appuie Rachid, l’un de ses plus fervents admirateurs. Elle va continuer à œuvrer dans ce sens, je lui fais confiance. »

« Ce ne sont pas les socialistes qui ont aidé à relever cette ville. Ce sont les associations et les politiciens de l’époque mais malheureusement la casse revient », répond vertement un militant CGT, venu manifester en marge du comité.