La basilique de Fourvière à Lyon.
La basilique de Fourvière à Lyon. — J. Pachoud / AFP

AFFAIRE PREYNAT

Pédophilie dans l'Eglise: Victimes d'agressions prescrites, ils portent plainte devant le tribunal ecclésiastique

Trois victimes présumées du Père Preynat, pour lesquelles les faits sont prescrits, ont décidé de saisir la justice diocésaine…

Pour le mal dont ils l’accusent, leur bourreau présumé n’aura aucun compte à rendre à la justice des hommes, les faits étant prescrits depuis plusieurs années. Des victimes présumées du père Preynat, ce curé du diocèse de Lyon mis en examen le 27 janvier pour des agressions sexuelles sur d’anciens scouts de Sainte-Foy-lès-Lyon, ont donc décidé de saisir la justice diocésaine.

Vers un procès canonique

Le 1er avril, trois d’entre elles, parmi lesquels Bertrand Virieux, l’un des fondateurs de l’association La Parole Libérée qui a fait éclater le scandale, se sont rendus au Tribunal ecclésiastique interdiocésain, situé place Saint-Irénée, dans le 5e arrondissement de Lyon, pour attaquer Bernard Preynat.

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« Ces personnes ont été auditionnées. Mais il ne s’agit pas du début de la procédure canonique, qui ne pourra commencer qu’à l’issue de la procédure civile », précise le vicaire judiciaire de Lyon, Nicolas de Boccard. Suite aux démarches faites par les victimes, un signalement doit désormais être fait à Rome.

« La congrégation de la doctrine de la foi au Vatican décidera alors, en fonction des disponibilités de chacun et de la gravité des faits, si cette affaire doit être traitée à Lyon ou à Rome », ajoute le Père Boccard. Une fois l’affaire jugée par la justice, le Père Preynat pourrait alors être jugé par ses pairs lors d’un procès canonique, évoqué dès le 12 janvier par le cardinal Barbarin, lors de la médiatisation de ce scandale pédophile.

Soixante victimes présumées recensées par l’association

Depuis la création de l’association début 2016, La Parole Libérée a été contactée par 60 anciens scouts qui auraient subi les assauts pervers de ce prêtre, aujourd’hui âgé de 70 ans et démis de ses fonctions en août 2015. « Ce sont des témoignages sérieux. Ces personnes donnent des détails très précis sur le lieu des agressions, les faits. Mais pour la très grande majorité de ces victimes, les faits sont prescrits », précise Bertrand Virieux.

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Entre 1978 et 1981, alors qu’il était enfant, ce cardiologue Lyonnais de 44 ans explique avoir été abusé sexuellement par le père Preynat. Des faits aujourd’hui trop anciens pour être pris en compte par la justice.

Pour lui, cette démarche auprès du tribunal ecclésiastique a valeur de symbole. « S’il y a procès canonique, il pourra être révoqué de l’Eglise et réduit à l’Etat de laïc », ajoute Bertrand, soucieux que, dans l’Eglise aussi, les actes du Père Preynat ne restent pas impunis.

D’autres plaintes à venir ?

De nombreuses victimes présumées, pour lesquelles les faits sont ou non prescrits, pourraient également décider de saisir la justice diocésaine dans les prochaines semaines. « Notre porte est ouverte. Mais s’il n’y a que quelques cas montrant la gravité des faits, ce sera suffisant », précise toutefois le vicaire judiciaire.