Scandale pédophile: Dix dates pour comprendre le malaise qui ébranle l'Eglise lyonnaise

POLÉMIQUE «20 Minutes» fait le point sur les affaires qui, depuis fin janvier, ont ressurgi du passé, plongeant l'église en pleine tempête...

Elisa Frisullo

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Lyon, le 13 mars 2016. Illustration lors d'une messe organisée en la primatiale Saint-Jean.
Lyon, le 13 mars 2016. Illustration lors d'une messe organisée en la primatiale Saint-Jean. — Elisa Frisullo / 20 Minutes

Chaque semaine ou presque, des faits ressurgis du passé viennent ajouter au scandale qui, depuis fin janvier, tourmente l’église Lyonnaise. Des affaires, distinctes les unes des autres, qui ont rejailli sur le diocèse, bien maladroit dans sa communication pour calmer la tourmente. Pour vous permettre d’y voir plus clair, 20 Minutes vous explique, en dix étapes clés, ce qu’il faut retenir sur ce dossier.

  • Le 12 octobre 2015 : L’affaire Preynat évoquée

Le diocèse de Lyon communique pour la première fois sur les agressions sexuelles présumées reprochées au Père Bernard Preynat par d’anciens scouts de Sainte-Foy-lès-Lyon. L’église, qui condamne avec la plus grande fermeté ces actes, indique alors que ces faits seraient antérieurs à 1991 et que le prêtre visé « n’a plus aucune responsabilité pastorale et que tout contact avec les mineurs lui a été interdit ». Le père Preynat, âgé de 70 ans, a été démis de ses fonctions en août 2015. A ce moment-là, une enquête préliminaire a été ouverte par la justice après la plainte déposée en mai 2015 par deux victimes présumées, mais ni le curé ni les anciens scouts n’ont été entendus par la justice.

  • Le 12 janvier : Les victimes passent à l’action

Des victimes présumées du père Preynat, réunies au sein de l’association La Parole Libérée, sortent pour la première fois de l’ombre et donnent à Lyon une conférence de presse pour s’exprimer sur cette affaire. Ils expliquent vouloir faire éclater la vérité et briser l’omerta, qui, dans l’église, entoure leur histoire depuis plus de 25 ans. Ce même jour, le diocèse communique à son tour et indique avoir été informé de cette affaire en 2014 par l’une des victimes.

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  • Le 25 janvier : La procédure judiciaire s’accélère

Le père Preynat est placé en garde-à-vue. L’homme d’Église reconnaît avoir commis plusieurs agressions sexuelles sur une période allant de 1986 à 1991. Il est mis en examen le 27 janvier pour agressions sexuelles sur mineurs de moins de 15 ans concernant quatre victimes pour lesquelles les faits ne sont pas prescrits. Le prêtre, qui aurait évoqué des fellations imposées à d’anciens scouts devant les enquêteurs, est également placé sous statut de témoin assisté pour viols sur mineurs. Devant le juge, il indique « que les faits étaient connus par les autorités ecclésiastiques depuis 1991 ».

  • Le 11 février : Les contradictions de l’archevêque

Dans une interview à La Croix, l’archevêque de Lyon explique avoir été informé des agissements du prêtre par une personne qui a grandi à Sainte-Foy-lès-Lyon. Le cardinal ajoute qu’il a alors convoqué le Père Preynat. « Ebouillanté » par ce qu’il avait fait, ce dernier, resté en charge de plusieurs paroisses et au contact d’enfants jusqu’à l’été 2015, lui assure que, depuis 1991, il n’a jamais recommencé. L’archevêque Barbarin le croit et l’affaire en reste là. Ses propos contradictoires avec ses premières déclarations sur le sujet provoquent la colère des victimes présumées, qui dès lors, assurent qu’elles vont porter plainte.

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  • Le 18 février : Un message du Pape qui renforce le malaise

De retour de son voyage au Mexique, le pape François, interrogé sur la pédophilie, déclare qu'« un évêque qui se limite à changer de paroisse un prêtre pédophile est un inconscient. La meilleure chose qui lui reste à faire, c’est de présenter sa démission ». Il n’évoque pas le cardinal Barbarin, mais en pleine affaire Preynat, difficile de ne pas y voir un message adressé au prélat Lyonnais. Dès le lendemain, le porte-parole du Vatican précise que la déclaration du souverain pontife faisaient référence à des affaires survenues au Mexique et aux Etats-Unis et non pas au cas lyonnais. Le père Lombardi estime alors que le cardinal Barbarin agit « avec beaucoup de responsabilité ».

 

  • Le 4 mars : La justice saisie d’une première plainte contre le cardinal

Une enquête préliminaire est ouverte par le parquet de Lyon après la plainte déposée par l’une des victimes présumées du Père Preynat. Elle vise le cardinal Barbarin, mais également des membres du diocèse et de hauts responsables du Vatican. Dans la foulée, trois autres plaintes seront déposées par d’anciens scouts, au fils de leurs auditions, à l’encontre des autorités religieuses lyonnaises, accusées d’avoir protégé le prêtre en ayant eu connaissance de son passé. L’archevêque indique qu’il est prêt à coopérer « avec sérénité et confiance ».

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    • Le 15 mars : Une seconde affaire étouffée ?

    Une autre affaire refait surface. Un fonctionnaire de 42 ans, haut placé au ministère de l’Intérieur, indique avoir été abusé par Jérôme Billioud, prêtre de l’Immaculée conception à Lyon, dans les années 90, alors qu’il était âgé de 16 ans puis de 19 ans. Il explique avoir rencontré le cardinal Barbarin à ce sujet en 2009. Celui-ci lui aurait conseillé de porter plainte, mais les faits étant prescrits, la plainte avait été classée sans suite. « Le cardinal m’a dit qu’il était parfaitement au courant et que ce prêtre avait déjà eu maille à partir avec la justice », accuse l’homme. L’Abbé est écarté par l’église dès la médiatisation de ce nouveau cas. Le fonctionnaire portera plainte à son tour le 29 mars contre l’archevêque pour « non-dénonciation » d’agressions sexuelles et « mise en danger de la vie d’autrui ».

     

    L’archevêque de Lyon sort de son silence et s’exprime ce jour-là à Lourdes en marge d’une assemblée de la Conférence des évêques de France. Il martèle « ne jamais, jamais, jamais avoir couvert aucun acte pédophile » et a cette formule très maladroite. « La majorité des faits, grâce à Dieu, sont prescrits ».

    • Le 16 mars : Une troisième affaire…

    Encore un dosseir embarassant. Le cardinal aurait nommé en 2013 doyen de paroisses du Sud Ouest Lyonnais un prêtre condamné en 2007 à Rodez à dix-huit mois de prison avec sursi pour des agressions sexuelles sur des étudiants d’un centre d’hébergement. Le diocèse explique qu’il ne s’agit pas de « pédophilie », que ce prêtre a été condamné au sursis et que « le juge d’instruction ne voyait pas de contre-indication avec la poursuite d’un ministère paroissial ». Le curé est toutefois lui aussi écarté le soir même de ses fonctions.

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    • Le 30 mars : Des policiers à l’évêché

    Dans le cadre de l’enquête préliminaire ouverte en lien avec l’affaire Preynat, une perquisition a été menée mercredi dernier, place de Fourvière, dans les locaux occupés notamment par le cardinal Barbarin. « Le diocèse a été amené à remettre aujourd’hui aux enquêteurs, venus effectuer une perquisition, les éléments dont la justice souhaitait disposer pour faire la lumière sur ces événements douloureux », confirme un proche du cardinal.

    • Le 31 mars : Un prêtre visé par une enquête pour agression sexuelle

    Une nouvelle affaire concernant un prêtre lyonnais refait surface. Suite à une plainte pour « agression sexuelle » déposée en 2006, classée sans suite à l’époque mais relancée la semaine passée, le parquet de Lyon a ouvert une enquête préliminaire visant un curé du 2e arrondissement. Au lendemain de l’information révélée par M6 Info, ce dernier a réagi sur le site de la paroisse Sainte-Blandine où il officie. « Cela m’affecte profondément et il est clair que l’on cherche à salir mon nom et l’Eglise de Lyon », ajoute le prêtre qui confirme avoir été mis en cause par une jeune femme en 2006, alors qu’il n’était pas prêtre et que l’affaire a été classée sans suite.