Lyon : Des salles de sports accusées de discriminer les femmes voilées

POLEMIQUE L’association Agir pour l’égalité, qui a organisé une journée de testing, devait déposer plainte ce lundi après-midi auprès du tribunal correctionnel de Lyon…

Caroline Girardon

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Cours de zumba fitness à Paris, le 18 mars 2016. AP Photo/Michel
Cours de zumba fitness à Paris, le 18 mars 2016. AP Photo/Michel — Michel Euler/AP/SIPA

Les femmes portant le voile sont-elles volontairement interdites des salles de sport ? C’est en tout cas la conviction de l’association Agir pour l’égalité (anciennement SOS Racisme) qui devait porter plainte ce lundi après-midi contre l' Appart Fitness.

Pour appuyer sa théorie, l’association a réalisé deux testings à Lyon dans la journée du 12 février : l’un dans la salle située à Bellecour et l’autre à Opéra. Trois personnes argumentant qu’elles venaient se renseigner sur les cours proposés, se sont présentées à l’accueil : l’une « européenne », la seconde de « type maghrébine » et la dernière portant un voile.

Si les deux premières auraient été particulièrement bien accueillies, la dernière aurait été, selon l’association, moins bien reçue. « Lorsque la jeune fille a demandé s’il était possible de pratiquer le sport avec un voile, on lui a répondu que le règlement intérieur interdisait tout couvre-chef », raconte Loïc Rigaud, président de l’association dans le Rhône. Insistant, la demoiselle aurait néanmoins obtenu la garantie de pouvoir faire du sport « avec un bonnet laissant entrevoir quelques cheveux à l’arrière de la tête ».

« Espace de neutralité »

Si certains peuvent considérer cela comme un geste d’apaisement ou un compromis, l’association y voit tout simplement un signe discriminant. « Pourquoi autorise-t-on un bonnet et pas le voile ? Tous deux sont des couvre-chefs », s’interroge Jeanne Allaire, qui s’appuie ainsi sur une décision du Défenseur des droits rendus en 2014 lors d’une autre affaire où une femme voilée s’était vue refuser l’accès à une salle de sport à Thionville en Moselle.

Le Défenseur avait alors affirmé que « l’établissement devait être un espace de neutralité » et avait établi que « la loi n’autorise pas de subordonner l’accès à une salle de sport à la condition de ne pas y porter de vêtement ou de signes manifestant une religion ». « Il a estimé qu’une interdiction de tout couvre-chef dans le règlement d’une salle de loisirs paraissait disproportionnée », martèle Loïc Rigaud.

« Vexé » par ces accusations, Patrick Mazerot, fondateur et président de l’Appart-Fitness, s’étonne de la polémique. « Le règlement a été pris pour des mesures de sécurité. Une voile qui obstrue les yeux ne permet d’avoir une bonne vision latérale. L’adhérente risque une entorse ou de tomber sur son voisin. On a déjà vu des écharpes s’emmêler dans les appareils de musculation ou se coincer dans des tapis roulant de course », argumente-t-il.

Des voiles homologués bientôt vendus dans les salles de sport

Et d’ajouter : « Nous avons régulièrement des clientes voilées qui viennent dans nos salles. Elles enlèvent le foulard pendant leur séance de sport et le remettent ensuite sans que cela ne pose aucun problème. On a fait également quelques exceptions pour certaines personnes les autorisant à conserver leur voile, à condition qu’il ne dépasse pas de leur t-shirt et que les yeux soient dégagés. »

Le gérant assure par ailleurs travailler avec des fournisseurs afin de proposer dans les prochaines semaines des « voiles homologués pour le sport » qui seront vendus à l’accueil de chaque salle.