Affaire Barbarin: Un homme «fraternel» derrière le «catholique intransigeant»... Mais qui est donc l'archevêque de Lyon ?

PORTRAIT Alors que le cardinal Barbarin a été condamné ce jeudi à six mois de prison avec sursis pour non- dénonciation d'actes pédophiles, « 20 Minutes » revient sur sa personnalité  

Elisa Frisullo

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Le cardinal Philippe Barbarin
Le cardinal Philippe Barbarin — JEFF PACHOUD / AFP
  • Le cardinal Barbarin est arrivé comme archevêque dans le diocèse de Lyon il y a dix-sept ans.
  • Pris depuis trois ans dans la tourmente de l’affaire Preynat, l’homme d’Eglise de 68 ans a été condamné ce jeudi à six mois de prison avec sursis pour non-dénonciation d’actes pédophiles.
  • Suite à ce jugement, il a annoncé qu’il allait présenter sa démission au Pape.

EDIT- Suite à la condamnation du cardinal Barbarin ce 7 mars, 20 Minutes vous propose de découvrir la personnalité de l’archevêque de Lyon, à travers un portrait publié en 2016 et réactualisé ce jeudi.

Pris dans la tourmente depuis la révélation de l’affaire Preynat, en 2016 par La Parole Libérée, le cardinal Barbarin a été condamné ce jeudi à Lyon à six mois de prison avec sursis pour «non-dénonciation» d’actes pédophiles. Un jugement qui a conduit l’homme d’Eglise de 68 ans à annoncer sa démission, qu’il doit présenter au pape dans les prochains jours. Un véritable coup de tonnerre pour le diocèse et pour l’Église de France.

Mais qui est donc Philippe Barbarin, décrit pas ses proches comme « un homme dévoué, au service de la paix » et comme un « ultra-conservateur » par ses détracteurs ?

Un passionné débordant d’énergie

Le premier évêque de France, né à Rabat au Maroc dans une famille de onze enfants, est un homme à la personnalité ambivalente. L’archevêque « 100 000 volts », comme il est surnommé au sein de l’église pour son énergie débordante, est profondément attaché à la condition humaine. Par le passé, l’homme, arrivé à Lyon comme archevêque en 2002, n’a pas hésité à ouvrir les portes de son diocèse pour mettre à l’abri des familles Roms, à la rue en plein hiver.

Toujours par monts et par vaux, le cardinal, qui ne s’économise pas malgré un triple pontage subi en 2013, multiplie les séjours à l’étranger pour apporter son aide et son soutien à des populations qui en ont besoin. Très investi dans la défense des Chrétiens d’Orient menacés de persécution, il s’est ainsi rendu plusieurs fois par le passé en Syrie et en Irak pour les soutenir.

Homme de terrain, passionné de Tintin et de course à pied, l’archevêque Barbarin, présent sur les réseaux sociaux, est également salué pour son investissement en matière de dialogue interreligieux. « C’est un homme que je respecte et qui me respecte, qui a réussi à créer cet espace de rencontres et d’échanges entre les différentes religions », confiait en 2016 à 20 Minutes Kamel Kabtane qui, en décembre 2007, a été choisi par l’archevêque pour lui remettre la médaille d’officier de l’Ordre national du mérite.

« C’est quelqu’un d’honnête au service de sa foi, qui agit en bon père de famille et qui a beaucoup donné à Lyon, à ses fidèles, et aux fidèles des autres communautés », ajoutait le recteur de la Grande mosquée de Lyon.

A l’époque où le scandale commence à secouer l’Église lyonnaise, le grand Rabbin Richard Wertenschlag, semble également attaché au cardinal, qu’il décrit comme « un acteur de la paix et de la fraternité dont la société civile a bien besoin ». « C’est un homme proche de tout un chacun, qui tend la main pour avoir un monde plus fraternel », souligne-t-il.

Des propos polémiques contre le mariage pour tous

Mais derrière cette image d’ouverture et de modernité, l’archevêque Barbarin, prélat de la génération Jean-Paul-II et proche du Pape François avec lequel il entretient, par SMS, des contacts réguliers, est également connu pour ses positions conservatrices sur certains sujets de société. Celui, qui fin 2013, déclarait au micro d’Europe 1 au sujet de l’avortement que « le plus grand drame que vit la France aujourd’hui, c’est le fait qu’il y a 200 000 petits Français qui meurent », avait également créé la polémique en 2012 lors la mobilisation contre le mariage pour tous.

« Après, ils vont vouloir faire des couples à trois ou à quatre… Après, un jour peut-être, je ne sais pas quoi, l’interdiction de l’inceste tombera », avait-il déclaré, tentant par la suite d’atténuer ses propos. Maladresse ? Grande rigidité ?

En mars 2016, en plein scandale pédophile, l’homme d’Eglise choque encore, bien au-delà des victimes du Père Preynat, et embarrasse dans les rangs de l’Église avec une nouvelle phrase mémorable : « La majorité des faits, grâce à Dieu, sont prescrits », dit-il à Lourdes alors qu’il prend pour la première fois la parole sur l’affaire. Une déclaration qu’il justifiera par la suite comme une maladresse et qui a inspiré récemment à François Ozon le titre de son film consacré au combat de La Parole Libérée.

« Un catholicisme qui ne fait pas de cadeau »

Pour Christian Terras, fondateur de la revue catholique progressiste Golias, interrogé en 2016 par 20 Minutes, ces propos sur les phénomènes sociétaux illustrent les positions intransigeantes du Primat des Gaules, diplômé d’une double maîtrise de philosophie et de théologie. « Humainement, c’est un homme sympathique, qui est cordial dans ses relations intrapersonnelles. Mais c’est aussi quelqu’un de très obtus, campé dans un identitaire catholique intransigeant. Il véhicule un catholicisme qui ne fait pas de cadeau », explique Christian Terras.

Des positions ultra-conservatrices peu appréciées par certains membres du diocèse, selon lui. « Les jeunes prêtres l’apprécient, les prêtres de l’ancienne génération beaucoup moins, car il gouverne seul, en solitaire. On a l’impression que c’est toute l’église qui parle derrière lui, comme lors de la mobilisation contre le mariage pour tous, ce qui est faux », ajoute-t-il.

Sa communication particulière et ses déclarations maladroites lui valent-elles d’être aujourd’hui embourbé dans ce scandale ? « Il est très attaché à une grande valeur de la Bible : la miséricorde. Il faut trouver le juste équilibre entre la justice et la miséricorde. C’est le débat dont il est victime aujourd’hui », estimait à l’époque le grand Rabbin Wertenschlag.