Prêtre soupçonné de pédophilie: Des victimes veulent être reçues par le pape

POLÉMIQUE Les membres fondateurs de l’association lyonnaise La Parole libérée ont écrit au Saint-Père ce lundi…

Elisa Frisullo
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Le pape François salue la foule le 2 mars 2016 au Vatican, à Rome
Le pape François salue la foule le 2 mars 2016 au Vatican, à Rome — VINCENZO PINTO AFP

Ils sollicitent son aide et une audience privée. Des victimes présumées du prêtre Bernard Preynat ont écrit au Saint-Père ce lundi pour solliciter une entrevue avec lui au sujet de cette affaire, qui fait vaciller l’église lyonnaise, et obtenir des réponses sur la gestion de ce dossier par l’archevêque de Lyon Philippe Barbarin, notamment.

« Aujourd’hui la lumière et la vérité étant faites, nous apparaissons, nous les victimes, comme coupables d’affaiblir le diocèse de Lyon et notre Église. Il ne faut pas tout inverser, L’Eglise ne peut oublier son silence et sa propre complaisance », écrivent les membres de La Parole Libérée, qui, dans leur missive, rappellent au Pape François leur quête de vérité.

« Aucun esprit de vengeance »

« Nous ne sommes animés d’aucun esprit de vengeance, nous souhaitons comprendre, ajoutent les victimes présumées, qui ont créé leur association début janvier pour faire éclater la vérité et briser l’omerta autour de la pédophilie dans l’église. Comprendre comment un homme a pu perpétrer ces actes abominables sur des enfants sans que sa hiérarchie ne juge bon de le mettre hors d’état de nuire ni d’en référer à la justice ».

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En marge de l’affaire de pédophilie, une enquête préliminaire a été ouverte début mars par le parquet de Lyon pour non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs de 15 ans après des plaintes déposées par plusieurs victimes à l’encontre de l’archevêque Barbarin et plusieurs membres de son diocèse.

Les déclarations contradictoires de l’archevêque

Elles reprochent au cardinal, dont elles jugent les déclarations sur le sujet contradictoires, d’avoir été au courant du passé du prêtre dès 2007-2008 et de l’avoir laissé en fonction, animant notamment pendant des années des cours de catéchisme auprès d’enfants.

« Les multiples victimes ne peuvent comprendre les paroles du Père Federico Lombardi (porte-parole du Vatican) qui annonce que l’archevêque de Lyon a traité "avec une extrême responsabilité ce dossier". Les dizaines de victimes ne peuvent comprendre que le président de la Conférence épiscopale, Mgr Georges Pontier, ait déclaré que l’archevêque de Lyon était "rigoureux" dans sa gestion », ajoutent-ils.

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« Les victimes que nous sommes ne peuvent comprendre pourquoi la réponse de Rome, début février 2015, imposait des mesures disciplinaires et "la fin de toute pastorale le mettant en contact d’enfants" et que rien ne se soit passé dans les faits jusqu’au 31 août 2015 », écrivent les membres de l’association.

Le premier témoignage de victime reçu en 2014, selon le diocèse

Selon le diocèse de Lyon, le cardinal Barbarin a eu connaissance du passé du prêtre en 2007-2008. « Mais il n’avait alors été contacté par aucune victime. Il a rencontré le Père Preynat à ce moment-là et a sollicité l’avis d’un spécialiste de la pédophilie. Il a cru le prêtre qui lui a assuré avoir cessé ses agissements en 1991 », précise à 20 Minutes un proche de l’archevêque.

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Ce n’est qu’en 2014 que le cardinal aurait reçu le témoignage de l’une des victimes présumée. Après avoir diligenté une enquête et pris avis auprès du Vatican, il a alors retiré « toute forme de ministère » au père Preynat en mai 2015. Mais dans les faits, celui-ci a quitté ses paroisses du Roannais fin août 2015.

Le père Preynat a été mis en examen le 27 janvier pour des agressions sexuelles sur de jeunes scouts lyonnais entre 1986 et 1991.