Chambéry : Trois ans de prison avec sursis requis contre le policier accusé de violence

JUSTICE L’officier avait été condamné à trois ans de prison ferme l’an dernier par le tribunal correctionnel de Chambéry…

C.G. avec AFP

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Illustration d'un policier.
Illustration d'un policier. — JS EVRARD/SIPA

Trois ans de prison avec sursis ont été requis jeudi devant la cour d’appel de Chambéry à l’encontre d’un ancien policier de la brigade anticriminalité (BAC) accusé d’avoir gravement blessé un marginal en 2010.

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Le policier, Pierre Lombard, 45 ans, avait écopé de trois ans de prison ferme l’an dernier lors de son procès devant le tribunal correctionnel de Chambéry. Condamnation dont il avait fait appel.

« Pas là pour assurer une vengeance »

Il s’agit d'« une peine d’une sévérité exceptionnelle », a décrit l’avocat général Bernard Beffy, disant ne pas voir « l’utilité » d’envoyer le prévenu en prison. « Nous ne sommes pas là pour assurer une vengeance, une vindicte », a-t-il estimé.

Le caractère volontaire des violences n’est pas contestable, selon le magistrat qui a souligné que le policier avait porté des coups de tonfa (matraque dotée d’une poignée latérale) « absolument pas justifiés » sur la victime, qu’il a en outre fait tomber à terre par un croche-pied.

« Réaction disproportionnée »

« Force est de constater que (le prévenu) a eu une réaction disproportionnée », a-t-il pointé. Après les faits, la victime, Mickaël Verrelle, 35 ans, fortement alcoolisée le soir du drame (3,57 grammes dans le sang), a passé plusieurs semaines dans le coma avec son pronostic vital engagé. Le crâne parcouru d’une longue cicatrice, il se déplace aujourd’hui en claudiquant, un bras mort en écharpe, et a de grandes difficultés d’élocution.

« Vous êtes un miraculé », lui a dit le président de la cour d’appel à l’audience. L’avocat général a cependant retenu comme circonstance atténuante la personnalité du marginal, « un ivrogne qui depuis des années perturbe la tranquillité du centre-ville de Chambéry », connu pour sa « mendicité agressive » ou des faits de violence conjugale.

Le drame s’est noué dans la nuit du 23 au 24 avril 2010 à Chambéry lorsque les policiers interviennent sur une rixe entre jeunes alcoolisés. Malgré sa banalité, l’intervention tourne mal. Des témoins disent avoir vu l’officier frapper Mickaël Verrelle à coups de matraque à plusieurs reprises, notamment alors que ce dernier était à terre, ce que le policier conteste.

« Méthode de voyous »

« A aucun moment, je ne l’ai frappé avec le tonfa (…) La blessure a été provoquée par une chute », a-t-il assuré à la barre, tout en reconnaissant avoir fait tomber la victime pour l’interpeller.

« Ce n’est pas compatible avec l’expertise médicale », lui a rétorqué l’avocat de la victime, Me Olivier Connille, qui a dénoncé des méthodes « de voyou », rappelant que des policiers avaient invité des témoins à dire que la victime était tombée d’elle-même. Le scénario inventé a été démenti par des images de vidéosurveillance.

La cour d’appel rendra son arrêt le 7 avril.