Affaire Neyret: Un livre retrace la carrière et la chute de la star de l'antigang

A LIRE A deux mois du procès Neyret, le journaliste Richard Schilltly sort ce jeudi un ouvrage sur cette affaire qui a défrayé la chronique...

Elisa Frisullo

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LYON, le 19/09/2014 Michel NEYRET, ancien numéro 2 de la PJ de Lyon, à la sortie du procès du cambriolage Global Cash où il était entendu comme témoin. Fabrice Elsner/SIPA.
LYON, le 19/09/2014 Michel NEYRET, ancien numéro 2 de la PJ de Lyon, à la sortie du procès du cambriolage Global Cash où il était entendu comme témoin. Fabrice Elsner/SIPA. — SIPA

Le 29 septembre 2011, Michel Neyret, grand flic lyonnais ultra-charismatique aux résultats incontestés et à la carrière enviée par bon nombre de fonctionnaires, endosse un tout autre costume. Celui du policier déchu, désormais considéré par beaucoup comme un simple « ripou ».

Deux mois avant l’ouverture à Paris du procès Neyret, poursuivi notamment pour « corruption, trafic d’influence, violation du secret professionnel et trafic de stupéfiants », Richard Schilltly, journaliste à la rubrique judiciaire du Progrès sort ce jeudi aux éditions Tallendier un livre intitulé Commissaire Neyret, chute d’une star de l’antigang.

Dans cet ouvrage, consacré à cette affaire qui a défrayé la chronique, le journaliste détaille l’enquête qui a conduit à l’arrestation de Neyret et dresse le portrait de ce flic de 59 ans « passionné et épris d’action ». Un livre très fourni et rempli d’anecdotes, dont 20 minutes vous ressort les éléments essentiels.

    • Un grand flic aux multiples récompenses

    Tout au long de sa carrière, Michel Neyret, devenu chef de l’antigang à Lyon à 29 ans, laisse derrière lui l’image d’un super flic, réactif et déterminé. A la Brigade de recherche et d’intervention, où il restera 20 ans, à la PJ de Nice qu’il dirigera entre 2004 et 2007 ou encore à la PJ de Lyon, le commissaire obtient des résultats incontestés.

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    En 1995, c’est son équipe qui localise Khaled Kelkal, un terroriste algérien membre du GIA soupçonné d’une série d’attentats cet été-là en France. L’homme le plus traqué de France sera abattu à Vaugneray le 29 septembre. En 2003, le patron de l’antigang parvient, après une traque épuisante, à mettre la main sur les évadés de Luynes, des hommes fichés au grand banditisme qui s’étaient fait la belle de la prison des Bouches-du-Rhône en hélicoptère.

    Cette affaire lui vaut d’être remercié personnellement par Nicolas Sarkozy. « Dites-lui d’arrêter ses conneries », lâchera alors Neyret au moment de l’appel, pensant à une blague de l’un de ses collègues. En 27 ans de carrière, Neyret a reçu 34 lettres de félicitations, de ministres, de préfets, de magistrats ou de députés.

    • Un loup solitaire, un taiseux

    En apparence, Michel Neyret, a tout pour lui. Le flic à la gueule de cinéma s’est fait bon nombre de copains dans le métier et de multiples connaissances, notamment lors des soirées qu’il écume beaucoup lors de son passage à Nice et dès son retour à Lyon. Mais au fond, le commissaire, marié et père d’une fille, est un loup solitaire, « un taiseux difficile à percer », glisse l’un de ses vieux compagnons de la PJ, cité dans l’ouvrage.

    Il craquera une fois, en public, avant de se reprendre rapidement, le jour où il est décoré de la légion d’honneur. Ce 14 octobre 2004, en évoquant sa famille dans son discours, « sa voix se brise », écrit Richard Schilltly. Ses parents sont morts de maladies et son frère dans un accident de voiture. Des drames dont les hommes qui côtoyaient chaque jour Neyret n’avaient jamais entendu parler.

    • Une amitié toxique avec Gilles Benichou

    L’affaire Neyret commence en février 2011. C’est à ce moment-là que le nom du commissaire apparaît pour la première fois lors d’une conversation enregistrée par la brigade des stupéfiants de Paris entre Yannick Daucheville.et Gilles Bénichou. Le premier, en fuite, est soupçonné d’avoir financé un réseau de trafic de cocaïne démantelé à Neuilly-sur-Seine. Le second, un petit escroc qui a fait la connaissance de Neyret par son frère Albert, vieille source de la police.

    Rapidement, les deux hommes tissent une relation amicale. Le commissaire est fréquemment invité aux repas de famille chez les Benichou, et le couple Neyret part en vacances avec Gilles. Ce dernier n’hésite pas à offrir au commissaire de prestigieux cadeaux, comme cette montre Cartier estimée à 30.000 euros, une montre Chopard, ou un séjour au Maroc.

    Tout bascule lorsque, par l’intermédiaire de Bénichou, le numéro 2 de la PJ rencontre Stéphane Alzraa, cousin de Gilles et gros escroc. Sollicité par ses « amis », le commissaire, placé entre-temps sur écoute par l’IGS, n’hésite pas à leur communiquer des informations pêchées dans des fichiers nationaux de recherches ou d’Interpol concernant Stephane Alzraa ou certains de ses proches. Il l’aurait fait à une dizaine de reprises et n’aurait pas hésité à solliciter l’un de ses collègues et un magistrat pour venir en aide à Alzraa, condamné pour escroquerie.

    • Un flic qui soigne ses indics

    Le livre accorde une place importante aux méthodes employées par Neyret, comme d’autres avant lui, pour obtenir des résultats. Il soigne ses indics. Le commissaire n’hésite pas à venir en aide à un bon informateur, quitte à s’arranger un peu avec la loi. A un homme qui lui demande de faire sauter ses 12.000 euros d’amendes, Neyret aurait ainsi suggéré de lui faire passer du hasch pour lui permettre de payer son dû.

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    « Je savais pour l’avoir vu fonctionner à droite et à gauche, qu’il peut être possible de récupérer un petit peu de produit pour remettre aux informateurs. C’est une méthode ancienne pratiquée de tout temps et à laquelle j’ai pensé », expliquera lors de l’une de ses auditions le commissaire Neyret. Il aurait ainsi clairement suggéré à un jeune commissaire, ou encore à Christophe Gavat, l’ex chef de DIPJ de Grenoble mis en examen dans cette affaire pour détournement de stupéfiants présumés, de se servir dans les scellés avant leur destruction.

    Depuis l’affaire, qui a marqué la fin d’une époque dans la police, ces pratiques sont strictement encadrées. « Plus question d’arrangements ou d’indulgences en faveur d’informateur sans accord express du procureur », écrit Richard Schilltly.