Lyon : Pourquoi Cenntro Motors (ex Brandt) a été un fiasco industriel

ECONOMIE Mardi, le conseil des prud'hommes de Lyon va se pencher sur le dossier Cenntro Motors, entreprise liquidée le 30 octobre dernier...

Caroline Girardon

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La société Cenntro Motors, ex SITL, basée à Gerland. E.Frisullo / 20 Minutes.
La société Cenntro Motors, ex SITL, basée à Gerland. E.Frisullo / 20 Minutes. — E.Riberry / 20 Minutes

Une réunion pour sauver les meubles ? Mardi, le conseil des prud’hommes de Lyon va se pencher sur le dossier Cenntro Motors, entreprise liquidée le 30 octobre dernier. Une décision qui a entraîné la suppression de 382 emplois, 16 mois après la reprise de l’usine par le groupe américain.

Au-delà du montant des indemnités et des dommages, les salariés entendent demander au conseil de « juger l’inexécution de l’obligation de la fourniture de travail et du licenciement sans cause réelle ni sérieuse », selon les syndicats. L’occasion de revenir sur l’histoire de ce fiasco judiciaire.

  • De Brandt à Cenntro Motors

Cenntro Motors ? Le nom ne vous dit peut-être rien. Il s’agit pourtant de l’ancienne usine Brandt, située près du quartier de Gerland. Spécialisée dans la fabrication de machines à laver, elle a employé jusqu’à 2.000 personnes dans les années 1980, jusqu’à ce qu’elle soit rachetée par Fagor en 2005, marquant ainsi le début du déclin.

  • Comment l’entreprise a décliné ?

L’activité commence à péricliter au milieu des années 2000. Fagor, nouveau propriétaire des lieux entreprend de délocaliser la production en Pologne. Le mot d’ordre est donné : il n’y aura plus de fabrication de machine à laver sur le site de Lyon. En 2011, l’Espagnol décide de céder le site à la société iséroise SITL.

>> Lire aussi : Fagor : La reconversion est en marche

Pierre Millet, le PDG s’engage alors à conserver l’ensemble des 450 salariés et à garder une partie de la production de lave-linge (toujours pour Fagor) tout en diversifiant l’activité. Il veut miser sur la fabrication de voitures électriques et se laisse quatre ans pour réussir. Un pari audacieux qui va se transformer en retentissant échec.

  • Comment le pari de l’électrique a viré au fiasco ?

Pierre Millet s’était donné jusqu’en 2015 pour arrêter les machines à laver et vivre de la vente de véhicules électriques. Soutenu par les pouvoirs publics qui lui ont versé dix millions d’euros, il ambitionnait d’en écouler 3.000 par an en 2015 mais le compteur est resté bloqué à 30. Parallèlement la société Fagor fait faillite en 2013, entraînant dans sa chute SITL qui dépendait encore à 100 % d’elle.

Le patron isérois lance alors un appel aux pouvoirs, rappelant que les quatre millions d’euros promis par l’Etat au moment du lancement de l’activité électrique, n’avaient été versés. En vain. Après une période de chômage partiel, la société finit par déposer le bilan. En juin 2014, Cenntro Motors, seul repreneur à se manifester, reçoit l’aval du tribunal de commerce de Lyon pour reprendre l’usine.

  • Comment Cenntro a définitivement flingué l’usine de Gerland ?

Un an seulement après le rachat de SITL, Cenntro Motors se déclare en cessation de paiement. L’Américain qui devait verser 15 millions d’euros au capital n’en a payé que la moitié. Et surtout le groupe n’a enregistré aucune activité industrielle.

Les lignes d’assemblages n’ont jamais été livrées, l’homologation nécessaire pour démarrer l’activité n’a pas non plus été enregistrée. La production n’a donc jamais redémarré malgré toutes les promesses. Le couperet tombe : en avril 2015, l'entreprise est placée en redressement judiciaire. En juin, elle annonce la suppression de 263 emplois, soir deux tiers des effectifs. 

>> Lire aussi : La suppression de 263 emplois chez Cenntro Motors confirmée

La liquidation judiciaire est finalement prononcée le 30 octobre 2015. 

  • Et les pouvoirs publics dans tout ça ?

C’est la question que tout le monde se pose. A en croire les syndicats, l’Etat et les collectivités locales ont par leur mauvais choix, précipiter l’usine dans sa chute. C’est l’Aderly qui a trouvé le nom de Cenntro Motors et la Préfecture qui a soutenu le dossier malgré le peu d’information sur ce groupe et la « personnalité peu commune » du repreneur. Ils ont injecté 10 millions d’euros pour couvrir les périodes de chômage partiel. Avant que le PDG de Cenntro ne jette l’éponge.

L'engagement des pouvoirs publics a été total pendant la période électorale précédant les élections municipales. Mais quelques mois plus tard, la direction régionale du travail ( service déconcentré de l'Etat) a validé le plan de sauvegarde proposant de licencier 263 licenciements...

 

 


 

 

 

 


 

 

 

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