Lyon: Le diocèse envisage un procès canonique pour le prêtre visé par des plaintes pour agressions sexuelles

PÉDOPHILIE Une enquête préliminaire est en cours concernant ces faits qui dateraient des années 90...

Elisa Frisullo

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Le cardinal Philippe Barbarin dit être au courant des accusations visant le prêtre depuis l'été 2014. Illustration
Le cardinal Philippe Barbarin dit être au courant des accusations visant le prêtre depuis l'été 2014. Illustration — Andreas Solaro AFP

« L’Eglise a changé : elle veut être une maison sûre ». Tel est le message que souhaite aujourd’hui faire passer le diocèse de Lyon, suite aux plaintes pour agressions sexuelles, prescrites pour la plupart, visant un prêtre de 70 ans en exercice jusqu'à l'an passé entre Lyon et Roanne.

Les faits présumés, datant du début des années 90, étaient remontés à la surface l’an passé, après que deux victimes ont porté plainte. En juillet, suite à leurs déclarations, une enquête préliminaire, toujours en cours, avait été ouverte par la police.

L'église informée depuis 25 ans?

Au courant de ces accusations portées à l’encontre de ce prêtre depuis près de 25 ans, selon l’association de victimes La Parole Libérée, l’église de Lyon a semble-t-il décidé de traiter cette affaire au grand jour.

« Un procès canonique est envisagé, à l’issue de la procédure civile, selon les règles prévues par l’Eglise, de façon à ce que justice soit faite », a indiqué le diocèse dans un communiqué publié le 12 janvier sur son site. Soit le jour même de la conférence de presse des victimes présumées, dont plusieurs ont déploré l’omerta et le silence de l'église autour de cette affaire.

Selon François Devaux, qui aurait subi les assauts du prêtre, le diocèse, informé par ses parents dès 1991 des agissements présumés du curé, s’était à l’époque engagé à l'écarter  de ses missions. Mais l’homme d’église, qui selon l'association, avait reconnu les faits, avait par la suite été responsable de six paroisses et 15 lieux de culte, et donnait des cours de catéchisme à des enfants jusqu’à l’an passé.

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Le cardinal Barbarin dit être au courant depuis l'été 2014

« Il est impossible de connaître précisément les éléments dont disposait Mgr Decourtray [le cardinal de Lyon de l’époque décédé en septembre 1994] au moment où il a décidé de suspendre la mission de ce prêtre, avant de lui confier une nouvelle charge pastorale quelques mois plus tard, assure le diocèse. Le cardinal Barbarin quant à lui a reçu les premiers témoignages au sujet de ce prêtre à l’été 2014 : il a donc demandé que soit conduite une enquête (…) C’est à l’issue de cette enquête, et quoique les faits reprochés soient anciens, qu’il a décidé de lui retirer toute forme de ministère au 18 mai 2015 », ajoute l’archevêché.

«Il est certain que ce prêtre n’aurait pas connu de nouvelles missions si les faits reprochés en 1990 survenaient aujourd’hui, les indications de la conférence des évêques de France étant parfaitement claires depuis 2003 », indique enfin le diocèse de Lyon, assurant que «l’Eglise a changé et qu’elle veut désormais être une maison sûre ».

Le prêtre pas encore entendu par les policiers

Le cardinal Philippe Barbarin, qui en octobre, avait assuré être à disposition des victimes présumées, a de nouveau rappelé être prêt à les recevoir pour évoquer cette affaire. Mardi, l’association La parole Libérée, regroupant d’anciens scouts du groupe Saint-Luc de Saint-Foy-les-Lyon, avaient regretté de ne pas avoir pu entrer en contact directement avec Philippe Barbarin.

« L’an passé, le cardinal a proposé un rendez-vous aux victimes. Certaines ont donné suite, d’autres non », a toutefois indiqué à 20 Minutes le diocèse mardi soir.

Depuis le début de l’enquête préliminaire, le prêtre visé par ces accusations d’attouchements et d’agressions sexuelles n’aurait pas encore été entendu par les hommes de la brigade de la protection de la famille. Selon la Parole Libérée, une dizaine de plaintes auraient été déposées à son encontre, mais la plupart seraient couvertes par la prescription, les faits étaient trop anciens pour être pris en compte par la justice.