Lyon: Quatre vigiles jugés après la mort d'un jeune homme ayant volé une boisson

JUSTICE Le procès s'ouvre jeudi devant la Cour d'assises du Rhône...

Caroline Girardon

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Mickael Blaise, 25 ans, a perdu la vie, étouffé après avoir dérobé une canette dans les rayons du magasin Carrefour à la Part-Dieu. Quatre vigiles de la grande surface seront jugés à Lyon dès le 19 novembre. 
AFP PHOTO / HO
Mickael Blaise, 25 ans, a perdu la vie, étouffé après avoir dérobé une canette dans les rayons du magasin Carrefour à la Part-Dieu. Quatre vigiles de la grande surface seront jugés à Lyon dès le 19 novembre. AFP PHOTO / HO — AFP

Mort pour une canette de bière. La vie de Michaël Blaise, 25 ans s’est arrêtée le 28 décembre 2009 dans un locale de sécurité du magasin Carrefour à la Part-Dieu. Quatre vigiles soupçonnés de l’avoir tué, seront jugés à partir de jeudi devant la Cour d’assises du Rhône. Agés de 38 à 54 ans, ils sont accusés de violences volontaires commises en réunion ayant entraîné la mort sans intention de la donner.

L’après-midi du drame, le jeune homme erre dans les allées de la grande surface, à la recherche d’alcool. Ses détracteurs le décrivent comme un marginal, déjà connu des agents de sécurité pour des petits larcins. Ses proches préfèrent parler d’une personne fragile suivie psychiatriquement depuis le décès de son père. Placé sous tutelle, il avait le projet de prendre un appartement et de suivre une formation de cuisinier.

Etouffé pendant plus de vingt minutes

Vers 18h, Michaël glisse une canette dans sa poche. Quelques minutes plus tard, il est interpellé par quatre agents l’ayant repéré sur les caméras de surveillance. Il est alors entraîné dans une petite pièce. Un huis clos fatal. « Il était assez nerveux, les vigiles n’avaient pas confiance en lui », raconte François Saint-Pierre, avocat de deux agents de sécurité, encore salariés de la grande surface aujourd’hui. Afin de le maîtriser, ces derniers le plaquent sur une table pendant 15 minutes. Un geste qui provoquera sa mort.

Ecrasé, le jeune homme s’arrête alors de respirer. Loin de relâcher leur étreinte, les vigiles le maintiennent ainsi encore six minutes, précise le parquet à l’époque des faits. « Les agents ont aussitôt tenté de le réanimer », répond François Saint-Pierre. En vain. Il décédera quelques heures plus tard. Le rapport d’autopsie est formel : le garçon est mort par « asphyxie mécanique par compression de la cage thoracique et une obstruction des voies respiratoires supérieures. » Il montre aussi que la victime n’avait consommé ni drogue, ni alcool.

« La mort en direct »

« On assiste à une mort en direct », s’offusque alors le parquet parlant d’une vidéo (ayant filmé la scène) « accablante ». « Il s’agit d’un accident. Mes clients sont des personnes moralement accablées par ce qui s’est passé. Ce sont des salariés ayant agi dans le cadre de leur contrat de travail. Ils ont interpellé cette personne pour des raisons légitimes. Jamais, ils n’ont employé de violence gratuite. Jamais, ils n’ont souhaité cette mort », plaide François Saint-Pierre.

« Le problème est venu de l’attente trop longue des services de police qui a conduit les vigiles à retenir cette personne », poursuit-il. Seize coups de téléphone auraient été passés en une demi-heure avant que la police n’arrive sur place.

Verdict le 27 novembre

« Ils n’ont jamais voulu lui donner la mort mais ils ont tout fait pour », rétorque Yves Sauvayre, avocat de la famille de la victime, comptant s’appuyer sur les images filmées. « On voit qu’il était très calme, il s’est pris une gifle et non une pichenette comme il a été dit. Il s’est levé mais on lui a serré le cou avant de le plaquer sur la table », poursuit-il avant d’ajouter : « La particularité de ce pauvre garçon était qu’il était fragile psychiatriquement. C’est facile de dresser un tableau. On va essayer de le salir. Mais que vaut la vie d’un homme ? »

Le verdict est attendu le 27 novembre.