Procès d'Echirolles : Ce huis clos qui dérange

JUSTICE La cour d'assises de Grenoble s'est opposée ce mardi matin à la publicité des débats. Les douze accusés, dont deux étaient mineurs au moment des faits, seront donc jugés à huis clos...

Caroline Girardon

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Francis Szpiner (à droite), avocat des deux familles de victimes.
Francis Szpiner (à droite), avocat des deux familles de victimes. — Jeff Pachoud / AFP

Mardi matin, la cour d’assises de Grenoble a rendu sa décision. Les six semaines de débats concernant le procès du double meurtre de Kevin et Sofiane à Echirolles, se dérouleront à huis clos, deux des accusés étant mineurs à l’époque des faits. Elle n’a pas souhaité la publicité des débats, demandée par les familles des victimes.

Seuls les parents et les jurés pourront se faire une idée plus précise de ce qui s’est réellement passé le soir du drame. Même les frères et sœurs sont condamnés à patienter dans la salle des pas perdus, évincés de l’audience.

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La cour a motivé sa décision en expliquant qu’elle craignait que la tenue de ce procès en public puisse redéclencher des événements dans les quartiers de la Villeneuve et d’Echirolles. Ce que conteste Rachid Oulaouk, le meilleur ami de Kevin et Sofiane, cité comme témoin. « C’est un argument qui n’est absolument pas valable. Il n’y a pas eu de débordement depuis trois ans. Cette affaire est présentée comme un affrontement entre bandes rivales, ce n’est pas le cas. Mes amis n’étaient pas des délinquants », affirme le jeune homme.

« La cour victimise les meurtriers »

« En prenant cette décision, la cour ne fait que victimiser les meurtriers. On les protège. Quelque part, ce n’est finalement pas une surprise, lâche-t-il. Mais vous verrez, que huis clos ou pas, les accusés ne s’exprimeront pas. »

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Un regret partagé par Siabou Dia, le frère de deux accusés : « Tout le monde attendait ce procès depuis longtemps. Pas que les gens d’ici, mais aussi la France. Je ne pourrais pas y assister alors que mes frères n’ont pas peur de parler en public. Malheureusement, on ne peut rien faire. »

« Le public exerce un contrôle implicite »

A la sortie de l’audience, les avocats de la défense saluent pour leur part cette décision, à l’image de Florent Girault. « Il est effectivement préférable que les débats se déroulent dans la sérénité. Le huis clos apporte cette garantie », estime-t-il. Joëlle Vernay qui défend l’un des deux « mineurs » avait elle aussi demandé le huis clos : « Mon client a toujours dit qu’il ne pourrait pas s’exprimer en présence ce tout le monde car la pression est trop forte. Là, il a envie de parler même s’il ne balancera pas les autres. »

Ronald Gallod, qui représente l’un des accusés, avait pourtant demandé la publicité des débats. « Le public, qui exerce un contrôle implicite, constitue la garantie d’une justice fiable. On a plus de chances d’éviter une erreur. On n’ose pas condamner à tort si le citoyen le sait, assure-t-il. On a tous à gagner d’une justice transparente et non secrète. »

« C’est un triste jour pour la justice »

Représentant les familles des victimes, Francis Szpiner se montre encore moins conciliant. « La raison invoquée par la cour est consternante. Elle vient d’expliquer que lorsque vous êtes victimes d’un crime, il ne faut surtout pas en reparler en public de peur de fâcher et de susciter des antagonismes ! » Et de conclure : « C’est un triste jour pour la justice par cet aveu d’impuissance et de manque de courage. »