Procès de Marine Le Pen : Le procureur pas convaincu par les arguments des parties civiles

JUSTICE Il estime que les propos tenus par la présidente du FN, poursuivie pour «provocation à la discrimination et à la haine», relèvent de la liberté d’expression…

Caroline Girardon

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Marine Le Pen au tribunal correctionnel de Lyon, le 20 octobre 2015
Marine Le Pen au tribunal correctionnel de Lyon, le 20 octobre 2015 — /FAYOLLE_Photo002/Credit:Pascal Fayolle/SIPA/1510201738

« On me fait un mauvais procès. Je n’ai commis aucune infraction ». A la barre, le ton est donné. Appelée à comparaître mardi après-midi devant le tribunal correctionnel de Lyon pour « provocation à la discrimination, à la violence ou à la haine envers un groupe de personnes à raison de leur appartenance à une religion », Marine Le Pen déroule son argumentaire. Sans être interrompue une seule fois pendant 45 minutes par le président de la cour.

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Les prières de rues des musulmans qu’elles qualifient d’« occupation du territoire » ? « Un clin d’œil » adressé à Bruno Gollnisch, répond-elle. « Nous étions à l’époque en concurrence pour la présidence du Front national. Nous étions en meeting sur ses terres. Nous avions des divergences politiques, ce n’est un secret pour personne. Il a toujours défendu les positions de Jean-Marie Le Pen, tournées vers le passé et assez éloignées des préoccupations des Français ». Une pique lancée à son rival ? L’argument ne convainc guère les parties civiles.

« Une figure de style de meeting »

« Ce jour-là, vous avez pourtant déclaré : "Il n’y a pas de blindés, pas de soldats mais c’est une occupation tout de même". Il me semble que vous parlez bien de la deuxième guerre mondiale. Si ce n’est pas une comparaison, de quoi s’agit-il ? », interroge malicieusement l’un des avocats des parties civiles. « C’est une figure de style de meeting », lâche l’élue frontiste, sans se démonter.

« On me reproche cette formulation "occupation", avec un petit "o", mais je ne remets pas en cause le droit fondamental à la pratique de la religion », enchaîne Marine Le Pen. Et de poursuivre : « Je ne vise pas l’intégralité des musulmans mais ceux qui violent la loi. Je dénonce le comportement des prieurs de rue qui nuisent aux valeurs et aux fonctions de la République ainsi qu’à l’autorité de l’Etat. »

« Les prières de rue, un acte politique voulant défier la République »

« Je considère que les prières de rue sont un acte politique, liées à des imams radicaux voulant défier la République. En tant que responsable politique, j’ai le droit, et même le devoir, de mettre le doigt sur ces problèmes. Il ne s’agit pas d’islamophobie mais d’une exhortation au respect de la loi », martèle l’élue.

« Est-ce que vous condamneriez de la même façon les prières de rue catholiques, organisées par les commando anti- IVG ? » lance l’une des avocates des parties civiles. « Oui, je condamne toute prière de rue », répond la présidente du FN.

« Elle a dépassé les limites de ce qu’il est permis de dire, assure l’une des avocates des parties civiles. L’occupation ce n’est pas que les blindés, le STO ou les tickets de rationnement. C’est aussi la privation des droits, les spoliations, les tortures. Il est indigne pour une responsable politique de rappeler cette page de l’histoire et d’en faire commerce 60 ans plus tard. »

« Des propos choquants »

Pour le procureur, Bernard Reynaud, qui a requis la relaxe, les propos de Marine Le Pen, bien que « choquants », « font partie de la liberté d’expression. » « La violence du verbe fait partie du quotidien des déclarations des politiques. C’est un monde virulent. Ce qui prime c’est la communication au détriment du fond. On peut le regretter mais c’est une réalité, argumente-t-il. La provocation doit résulter d’une exhortation claire et sans équivoque. Ce qui n’est pas le cas ici. Mme Le Pen n’a fait qu’exprimer des opinions politiques dans un débat public. »

La décision du tribunal correctionnel de Lyon sera rendue le 15 décembre.