Lyon: Les «Fatima» retrouvent la lumière dans le dernier film de Philippe Faucon

CINÉMA Le long-métrage, dont la sortie est prévue le 7 octobre, est diffusé cette semaine en avant-première dans la région...  

Elisa Frisullo

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Le réalisateur Philippe Faucon et l'héroïne du film "Fatima", Soria Zeroual.
Le réalisateur Philippe Faucon et l'héroïne du film "Fatima", Soria Zeroual. — Pyramides Films

Elles vivent en France depuis des décennies, travaillent, élèvent leurs enfants, parfois seules, affrontant au quotidien les barrières de la langue et le décalage avec les nouvelles générations. A ces femmes d’origine maghrébine, Philippe Faucon a décidé de consacrer son dernier film « Fatima », tourné en partie dans le Grand Lyon et sélectionné et présenté en mai dernier à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes.

Une givordine en tête d’affiche

A quinze jours de sa sortie, ce long-métrage coproduit par Rhône-Alpes Cinéma, est projeté cette semaine en avant-première dans la région. L’occasion pour le réalisateur d’aller à la rencontre du public pour expliquer son film, inspiré du récit autobiographique « Prière à la Lune » de Fatima Elayoubi. L’histoire d’une femme de ménage, arrivée du Maghreb pour suivre son mari, qui se retrouve finalement seule à élever ses adolescentes en France, sans en connaître le pays et la langue. Pour incarner ce rôle, Philippe Faucon, à Lyon ce mardi, a choisi une amatrice, Soria Zeroual, une habitante de Givors, femme de ménage et mère de famille, qui n’avait jamais imaginé tourner un jour dans un film.

« Il ne fallait pas une comédienne pour jouer un rôle comme ça. Le personnage, c’est une femme qui ne parle pas bien français, c’est impossible à jouer même pour un comédien de grand talent sans caricaturer. Et ce personnage, il ne fallait pas le caricaturer », explique le réalisateur, soucieux, à travers ce film, de sortir ces « Fatima » de l’ombre. « Ces femmes sont souvent regardées comme des ignorantes, des immigrées qui ne parlent pas bien français. Je voulais raconter ces gens qui font partie de notre société mais qu’on ne voit pas beaucoup sur nos écrans. L’islamisme, les gangs, la drogue, on en parle au cinéma. C’est même souvent surreprésenté. Mais ces femmes-là ne sont pas représentées du tout », ajoute le réalisateur.

Un rejet destructeur

Dans ce film, où l’héroïne est confrontée à la barrière de la langue, au point, parfois, ne pas réussir à dialoguer avec ses filles sur des choses profondes, il raconte cette intégration compliquée et ce rejet d’une partie de la société. « Le racisme frontal, on peut le contrer. Mais quand cette violence, ce rejet, est plus insidieux, c’est encore plus destructeur », ajoute Philippe Faucon, qui a senti les trois actrices du film touchées par les thèmes abordés. « Elles ont chacune engagé quelque chose de très fort dans ce film. Les personnages sont très incarnés. Sans doute parce que chacune à leur niveau, ça les concernait ».

Depuis la fin du tournage et son passage à cannes, Soria, dont le visage est à l’affiche du film a repris son travail et retrouvé ses enfants. Mais pas tout à fait comme avant. « C’est une femme qui a quitté son pays, qui travaille, a élevé ses enfants. Cannes ne pouvait pas lui tourner la tête. Ce qui est très fort pour elle, c’est que ces enfants l’aient vue à la télé lorsqu’elle était à Cannes. Elle était très fière ».