Régionales : Pourquoi le PS a implosé en Rhône-Alpes

REGIONALES Dix-huit colistiers de Jean-Jack Queyranne, le président sortant, ont démissionné mardi...

Caroline Girardon

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Jean-Jack Queyranne, le président de Rhône-Alpes. May 11, 2015 after he inaugurated a new wing of a state research laboratory at the Inserm (Medical AFP PHOTO / PHILIPPE DESMAZES
Jean-Jack Queyranne, le président de Rhône-Alpes. May 11, 2015 after he inaugurated a new wing of a state research laboratory at the Inserm (Medical AFP PHOTO / PHILIPPE DESMAZES — AFP

Lâché à trois mois du scrutin. Nul doute que Jean-Jack Queyranne doit désormais se sentir bien isolé. Tête de liste pour le parti socialiste, le président de la région Rhône-Alpes, candidat à sa propre succession, va devoir composer sans le soutien de dix-huit de ses colistiers. Tous ont envoyé une lettre à la fédération départementale afin de préciser qu’ils se retiraient de la course, comme l’annonçait Le Progrès mardi

Qui démissionne ?

Il s’agit de quatorze élus de la Métropole (ex-Grand Lyon) et quatre du Nouveau Rhône. On trouve Jérôme Sturla, l’ancien maire de Décines, Sarah Peillon, conseillère régionale sortante, Hubert Julien-Larrefière, l’actuel maire du 9ème arrondissement de Lyon. Mais aussi Caroline Collomb, l’épouse du maire de Lyon.

Pourquoi claquent-ils la porte ?

Un nom revient souvent dans la bouche des militants : Farida Boudaoud, devenue en quelque sorte la pestiférée du parti socialiste. La Fédération du Rhône la tient responsable de la défaite de Jérôme Sturla aux Municipales de Décines en mars 2014. Ne s’entendant pas avec ce dernier, elle s’était présentée sur une liste dissidente. Une décision qui lui avait tout simplement valu d’être exclue du PS. Mais Jean-Jack Queyranne n’a jamais caché sa sympathie pour elle puisqu’il veut qu’elle soit deuxième de liste sur la Métropole.

« On n’a pas compris ce soutien inconditionnel à Farida Boudaoud. Cela va inciter beaucoup de socialistes à être des dissidents », dénonce Jean-Louis Gagnaire, vice-président PS de la région. « A vouloir forcer le système, on en est là. La machine à perdre est désormais enclenchée. »

« Tout cela n’est pas très glorieux », répond Jérôme Safar, directeur de campagne de Jean-Jack Queyranne. « Plein de gens ne la trouvent pas légitime. Ce qui la légitime encore plus. On ne va obliger personne à faire campagne contre la droite et l’extrême droite. Ceux qui ne veulent pas mener ce combat, seront remplacés ».

Trop peu de socialistes sur la liste PS ?

50 % de socialistes, 50 % de personnalité de la société civile ou des partenaires (PRG, Cap 21 etc.). Voilà le credo de Jean-Jack Queyranne. Sauf que cette décision ne plaît pas à tout le monde. Loin de là. Soucieux d’être mieux représentés, de nombreux militants ont réclamé plus de places voire des places tout simplement éligibles. Il y a une semaine, la Fédération a envoyé un courrier au président de région pour lui demander de changer de cap. Peine perdue.

« Les socialistes ne peuvent pas revendiquer toutes les places mais ils doivent être à leur place et avoir la majorité. Lors de la mandature précédente, on a vu des écologistes immatures dans l’exercice du pouvoir. ça a été épouvantable », estime Jean-Louis Gagnaire.

« Si on ne compte que sur notre propre force et qu’on ne fait pas d’effort, on va restreindre notre base électorale », rétorque Jérôme Safar. « Chercher à élargir le plus possible son audience n’a rien de surprenant. En cela, la région Rhône-Alpes n’échappe pas à la règle. »

Quelle chance pour le PS de conserver la région ?

Les sondages donnent Laurent Wauquiez (candidat pour Les Républicains) favoris. D’autant qu’il a réussi à trouver un accord avec les centristes.

« Je pense que sans l’entourage des uns et des autres, il aurait été possible de trouver une solution. Mais là, il y a une déflagration. Dans ces conditions, Laurent Wauquiez n’a pas besoin de faire campagne », lâche Jean-Louis Gagnaire qui en appelle désormais aux instances nationales du PS.

« C’est son rôle de ramener du bon sens. Mais jusque-là, il n’a rien voulu traiter. Je déplore son incapacité à être partie prenante. Qu’il se retrousse les manches au lieu de faire la politique de l’autruche ».