Isère: Le plus grand bidonville de Grenoble a été évacué

ROMS Le bidonville Esmonin, qui abritait environ 300 personnes, dont de nombreux enfants, a été évacué à partir de 6h ce mercredi par un important dispositif de police...

J.Lau. avec AFP

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Eric Piolle, maire EELV de Grenoble, a décidé le démantèlement du plus grand bidonville de l'agglomération le 18 mai dernier. XAVIER VILA
Eric Piolle, maire EELV de Grenoble, a décidé le démantèlement du plus grand bidonville de l'agglomération le 18 mai dernier. XAVIER VILA — SIPA

Un bidonville abritant environ 300 personnes a été évacué mercredi dès 6h du matin à Grenoble par la police, à la demande de la municipalité EELV-Parti de Gauche. Les habitants du camp, qui faisaient l’objet d’un arrêté d’évacuation pris par le maire de Grenoble lundi, n’étaient plus que 150 à l’arrivée des forces de l’ordre.

Ils ont été placés dans des cars et acheminés dans différents endroits de la ville en vue de leur relogement. Une cinquantaine de personnes doivent être prises en charge par la mairie et environ 90 par l’État. Cinq personnes faisant l’objet d’une obligation de quitter le territoire français ont été emmenées au centre de rétention administrative de Lyon.

De fortes tensions avec le voisinage

En milieu de matinée, des pelleteuses ont commencé à détruire les habitations de fortune. Installé dans un quartier périphérique de Grenoble, près d’un centre commercial, le bidonville Esmonin, qui a compté jusqu’à 400 habitants, dont 200 mineurs, suscitait de fortes tensions avec le voisinage depuis plusieurs mois.

Le démantèlement de ce camp avait été annoncé en mai par le maire écologiste de Grenoble Eric Piolle, qui avait dit vouloir garantir « la sécurité des populations », constatant que des « réseaux mafieux » s’y étaient développés. « On ne peut pas se résoudre à laisser le monde dans cet état, à voir revenir les bidonvilles comme dans les années 60 », a déclaré mercredi matin sur France Inter Eric Piolle, interrogé sur cette évacuation.

Eric Piolle : « Personne ne dormira dehors »

« Personne ne dormira dehors ce soir, ni dans les jours qui viennent », a-t-il souligné en dénonçant des « conditions inhumaines » dans ce bidonville. Quelques familles roms ont déjà été relogées ces derniers mois dans d’anciens logements d’instituteurs « vides et non louables dans les écoles », a-t-il ajouté. Environ 150 policiers et gendarmes mobiles ont été déployés devant le camp mercredi matin. « Cela s’est déroulé dans le calme. Nous avons montré la force pour éviter d’avoir à s’en servir », a souligné le préfet de l’Isère Jean-Paul Bonnetain.

« Il n’y a pas eu de violence physique, il n’y a pas eu de destruction des biens et des personnes mais il y a une violence symbolique : ce dispositif est forcément traumatisant », a critiqué Jo Briant, militant de la Coordination iséroise de solidarité avec les étrangers migrants (Cisem) et colistier d’Éric Piolle lors des dernières élections municipales.

Jo Briant : « Au moins, ils avaient un toit »

Une grande partie des habitants du bidonville passeront trois ou quatre nuits à l’hôtel avant de se retrouver à nouveau « à la rue », a-t-il dénoncé. « Ce camp n’était pas idéal mais au moins, ils avaient un toit », a ajouté le militant en qualifiant cette évacuation d'« illégale ».

Avant son élection, Éric Piolle a été cofondateur d’un collectif d’aide aux familles sans papiers à Grenoble. A l’issue de l’évacuation du bidonville, « il voulait que tout le monde soit relogé mais il s’est heurté » à l’opposition des autres collectivités locales, selon Jo Briant.