VIDEO. Tour de France: Pourquoi aucun coureur ne cherche à finir lanterne rouge

CYCLISME S’ils la convoitaient il y a une vingtaine d’années, les cyclistes font désormais tout leur possible pour éviter la dernière place du classement général. « 20 Minutes » a cherché à décrypter cette évolution...

Jérémy Laugier

— 

Porteur du maillot jaune après trois étapes lors du Tour de Bavière en mai, l'Irlandais Sam Bennett est l'actuelle lanterne rouge du Tour de France. Henning Angerer/Pixathlon
Porteur du maillot jaune après trois étapes lors du Tour de Bavière en mai, l'Irlandais Sam Bennett est l'actuelle lanterne rouge du Tour de France. Henning Angerer/Pixathlon — SIPA

Sam Bennett (24 ans) a refusé de descendre du bus de l’équipe Bora-Argon 18 pour nous parler, lundi avant la 16e étape entre Port-de-Péage et Gap. 168e et lanterne rouge du Tour de France avec près de 3h30 de retard au classement général sur Chris Froome, le sprinteur irlandais symbolise la crainte des coureurs du Tour de rejoindre les Champs Elysées dimanche à cette place. Elle était pourtant un véritable objectif pour beaucoup d’entre eux au siècle précédent. 20 Minutes vous explique pourquoi ce n'est plus du tout le cas.

1. Se cacher dans les granges est aujourd'hui interdit

Durant une grande partie du 20e siècle, certains coureurs étaient délibérément prêts à perdre quelques minutes par-ci par-là pour finir derniers. La situation, qui semble si désuète aujourd’hui, était encore plus cocasse sur le Tour d’Italie, où un dossard noir était symboliquement attribué au dernier coureur, entre 1946 et 1951, avant d’être remis au goût du jour en 2008.

Cette bataille si particulière dans le Giro a notamment poussé à la fin des années 40 Sante Carollo et Louis Malabrocca à se cacher dans des bars et des granges, ou à percer leurs propres roues pour tenter de perdre le plus de temps possible ! On vous parle d’un temps…

 

2. Ca fait mal à l'orgueil

 

« C’est la première grande course dans la carrière de Sam Bennett et ce n’est vraiment pas dans son caractère de finir dernier. Il le vit donc mal », explique son manager Ralph Denk pour justifier le refus d’interview du sprinteur de l’équipe Bora-Argon 18. Avant d’attaquer quatre jours dans les Alpes à partir de ce mercredi, Bryan Nauleau (165e) compte de son côté 25 minutes d’avance sur Sam Bennett.

« Si je finis à cette dernière place dimanche, c’est vraiment que je n’ai pas eu d’autre choix. C’est sûr qu’on parle plus du dernier que de l’avant-dernier mais pour mon orgueil personnel, je ferai tout afin de ne pas être lanterne rouge », annonce clairement le coureur d’Europcar de 27 ans, qui a souffert de la fièvre dans les Pyrénées.

3. Les criteriums ne rapportent plus rien

« Il y a une vingtaine d’années, c’était quelque chose d’important, se souvient Yvon Sanquer. Et ce notamment sur un aspect pécuniaire car la lanterne rouge était automatiquement invitée à des critériums en août. » Les temps ont bien changé car le manager de l’équipe Cofidis, comme tous les autres présents sur le Tour, ne tient vraiment pas à compter dans ses rangs le dernier coureur de la Grande Boucle.

« Cette dernière place est devenue au mieux anecdotique. Les coureurs ne la voient pas comme une humiliation mais ils ne vont pas chercher à l’obtenir. Leur seul but est d’entrer chaque jour dans des délais qui sont très pointus », souligne Yvon Sanquer, qui compte deux protégés (Nicolas Edet et Kenneth Van Bilsen) dans les 15 dernières places.

4. Les managers détestent les loosers

La lanterne rouge est désormais vouée à s’attirer la sympathie du public et les foudres de son manager, comme le résume le savoureux échange en 2010 entre Marc Madiot et son coureur Anthony Roux, un temps lanterne rouge lors de cette édition.

« C’est la loose d’être dernier, on fait du rétropédalage. Tu te démerdes comme tu veux mais je t’interdis de finir à cette place », a alors pesté le manager de la FDJ (à partir de 4'15'' sur la vidéo ci-dessous). Autant dire que Sébastien Chavanel (FDJ), l'avant-dernier aurait tout intérêt de guetter d’un peu plus près le classement, et surtout de croiser les doigts pour que Sam Bennett n’abandonne pas dans les Alpes.

« Ah bon, je suis avant-dernier ? Je ne regarde jamais le classement. Quelque part, finir 50e ou 150e ne change rien du tout. Ma seule fierté serait d’arriver au bout de ce Tour de France et je ne vais pas chercher à finir dernier », assure-t-il.