Lyon: Les Duchérois disent adieu à la dernière barre des «Mille»

URBANISME Cette destruction marque un nouvel épisode du renouvellement de ce quartier populaire de Lyon, entrepris depuis 2003...

Caroline Girardon

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La barre 230 a été détruite jeudi 2 juillet à 11h30. Lancer le diaporama
La barre 230 a été détruite jeudi 2 juillet à 11h30. — Muriel Chaulet

Une énorme détonation. Et dix secondes après : plus rien. Sous un soleil de plomb, elle s’est effondrée comme un château de carte, laissant derrière elle un immense nuage de poussière. La barre 230 de la Duchère, quartier populaire de Lyon, n’est plus. Ce jeudi sur le coup de 11h30, les quinze étages du bâtiment ont disparu du paysage à jamais.

 

 

Assise sur un plot, Zohra, 65 ans, ne peut contenir ses larmes. « J’ai l’impression que mon corps est parti avec elle », confesse-t-elle dans un triste sourire. La « 230 », pourtant, elle n’y a jamais habité. Mais la barre des « Mille » (trois immeubles de 342 logements), elle connaît bien, ayant résidé dans l’un des deux autres immeubles de l’ensemble déjà réduits en poussière. Et elle n’a pas oublié. « J’habite à la Duchère depuis 40 ans, je suis venue m’installer en 1974 », explique-t-elle.

« J’ai mal au cœur »

« J’ai mal au cœur. Ce quartier, c’est mon histoire. Maintenant, il n’y a plus rien. Je me souviens que les enfants jouaient en bas de cette barre. C’est vide aujourd’hui », constate la sexagénaire qui dit « ne pas aimer la nouvelle Duchère. »

Samia a également regardé la barre s’effondrer avec un certain regret. Une partie de sa vie s’est symboliquement écroulée. « J’y ai habité de 1992 à 2013. J’étais toute petite quand je suis arrivée ici. J’ai tellement de souvenirs. Ensuite, mes enfants sont nés là », raconte-t-elle. La jeune femme est restée à la Duchère, relogée dans un appartement plus grand et plus confortable. Pourtant, la nostalgie est là.

« Je n’ai pas retrouvé la convivialité et la solidarité qu’il y avait entre les voisins, déplore-t-elle. Désormais, c’est chacun chez soi, on ne se connaît même plus. Avant, il y avait les Espagnols, les Arabes, les Italiens, tout le monde se parlait. »

« Ces barres faisaient partie du paysage »

« Ces barres faisaient partie du paysage, on les voyait de loin », raconte Zohra, 33 ans. « Je trouve que le quartier a trop changé. Il n’a plus rien à voir avec ce qu’il était. C’est dommage car j’ai l’impression que la Duchère disparaît », poursuit la jeune femme.

Quelques mètres plus loin, Manou, 57 ans, est « venue voir le spectacle » avec son petit-fils. Cette jeune retraitée est étrangère à la Duchère, résidant dans le 3ème arrondissement de Lyon mais elle a tenu à assister à l’événement qui « restera sûrement dans les mémoires ». « Je ne sais pas comment j’aurais réagi si j’avais passé ma jeunesse ici. J’aurais certainement eu un pincement au cœur même si ces barres étaient sûrement insalubres et qu’il était grand temps qu’elles disparaissent ».

1.850 nouveaux logements en 15 ans

A la place, 150 logements seront construits et répartis dans des immeubles de petites tailles allant de deux à quatre étages. En 2003, la Duchère comptait 86 % de logements sociaux, dont certains très dégradés. Depuis, neuf barres abritant près de 1.600 familles ont été démolies dans le cadre d’un Grand Projet de Ville.

Au total, 1.850 nouveaux logements « diversifiés », du HLM à la copropriété verront le jour d’ici 2018 sur le Plateau, cœur de cet éco-quartier, labellisé en 2013 par l’Etat. Pour un investissement de 750 millions d’euros, aux deux tiers publics. Restent deux trois autres quartiers : le Château et la Sauvegarde et Balmont, les « parents pauvres de la Duchère » qui n’ont pas vraiment bénéficié du programme de reconstruction.