Les mosquées de Lyon veulent «être des remparts contre le radicalisme»

RELIGION Après l'attentat, les principaux représentants de la communauté musulmane se sont retrouvés lundi à la préfecture du Rhône...

Caroline Girardon

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Après l'attaque de Saint-Quentin-Fallavier. LE 26 JUIN 2015 (Isere), les musulmans ont observé un moment de silence et de prière à la mosquée de Villefontaine afin de rendre hommage à la victime. KONRAD K./SIPA
Après l'attaque de Saint-Quentin-Fallavier. LE 26 JUIN 2015 (Isere), les musulmans ont observé un moment de silence et de prière à la mosquée de Villefontaine afin de rendre hommage à la victime. KONRAD K./SIPA — SIPA

Comment endiguer l’inquiétante montée du salafisme ? Et faire en sorte qu’il ne gangrène pas les mosquées de Lyon ? Au lendemain de l’attentat de Saint-Quentin-Fallavier (Isère), les principaux représentants de la communauté musulmane se sont réunis lundi matin à la préfecture du Rhône afin d’aborder le sujet et de trouver des solutions.

« Nous avons rencontré le préfet de région pour lui rappeler que nous sommes musulmans et républicains avant tout, explique Abdelkader Bendidi, président du conseil régional du culte musulman. Comment peut-on commettre de tels actes irréparables dans notre pays alors que nous sommes en plein ramadan, mois de piété et de jeûne ? »

« Un fléau qui gangrène la communauté »

« Nous lui avons dit que nous serons des remparts contre le radicalisme », affirme-t-il promettant de faire la chasse au salafisme, « ce fléau qui gangrène » la communauté. « Il est faux de dire qu’il est implanté dans les mosquées, mais on observe sa montée. On ne peut pas le nier. » Une dizaine de salles de prière seraient menacées dans l’agglomération lyonnaise.

« En région, 400 individus sont suivis de très près pour leur radicalisme religieux », indique la préfecture du Rhône. Si quelques groupes s’invitant dans les salles de prières pour perturber le prêche et mettre en cause l’imam des lieux comme ce fut le cas à Oullins, le principal danger viendrait d’Internet, selon Abdelkader Bendidi.

« On voit des jeunes de 13-14 ans venir dans nos mosquées pour acquérir une connaissance et un savoir. Et puis ils disparaissent. On les retrouve à 20 ans avec une djellaba et une barbe longue comme le bras. Entre-temps, qu’est-ce qui s’est passé ? On sait qu’Internet est un moyen de radicalisation », s’inquiète Kamel Kabtane, recteur de la Grande Mosquée de Lyon.

La déclaration des droits de l’homme affichée dans les mosquées

Le préfet du Rhône, Michel Delpuech, a fait savoir que les renseignements policiers allaient s’intensifier et qu’il allait impulser avec les autorités municipales un travail afin de faire connaître aux responsables musulmans les outils juridiques à leur disposition.

Le dialogue est l’une des solutions prônées par Kamel Kabtane. « Cela concerne l’ensemble des Français. On doit apprendre à mieux se connaître et à se comprendre », explique-t-il. « Cela passe aussi par un travail de terrain auprès des familles, indique Abdelkader Bendidi. Quand les parents ont le moindre soupçon concernant leurs enfants, il faut qu’ils nous le signalent afin que l’on puisse prendre les choses en main et parler aux jeunes. »

Des modules spéciaux, s’apparentant à des cours, pourraient être mis en place dès la rentrée prochaine dans les mosquées de l’agglomération. Ils s’adresseraient aux 14-18 ans et devraient leur permettre de « se renseigner sur le vrai islam et d’apprendre à respecter le pays d’accueil » selon le président du CRCM. Les participants à la réunion ont également soulevé l’idée d’afficher symboliquement la déclaration des droits de l’homme à l’entrée de chaque mosquée.

Bientôt un institut de formation

Enfin, un institut de formation et de civilisation musulmane pourrait voir le jour d’ici quelques mois à côté de la Grande mosquée de Lyon. « Il ne s’agit pas de former des imams, mais ce serait un lieu qui apporterait la connaissance et le savoir de l’islam afin que nos jeunes ne se retrouvent pas en Syrie à se faire exploser avec une bombe, précise Kamel Kabtane. Il devrait permettre d’ouvrir les esprits des musulmans et des non-musulmans. »