Lyon: «On est mal compris», déplorent les taxis, soucieux de redorer leurs images

GROGNE Entre 400 et 500 conducteurs ont manifesté ce jeudi pour réclamer l'interdiction d'UberPop...

Caroline Girardon

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Les taxis ont bloqué les rues de Lyon afin de protester contre UberPop. AFP PHOTO/PHILIPPE DESMAZES
Les taxis ont bloqué les rues de Lyon afin de protester contre UberPop. AFP PHOTO/PHILIPPE DESMAZES — AFP

Ils tirent nerveusement sur leurs cigarettes, surveillant du coin de l’œil l’armada de CRS postés à l’entrée de la Tour Oxygène afin de les empêcher de pénétrer dans le bâtiment. Entre 400 et 500 conducteurs de taxis ont convergé jeudi dans le quartier de la Part-Dieu, où se trouve le siège de UberPop Lyon.

« J’ai acheté ma licence 80.000 euros l’an dernier. Je ne comprends pas qu’on puisse laisser des particuliers s’improviser taxis », peste Nicolas, dans le métier depuis dix mois. « J’ai fait une formation de trois mois que j’ai payé 3.000 euros. Contrairement à ce que certains diront, elle n’est pas facile. »

Depuis l’essor de UberPop, le conducteur a vu sa clientèle se réduire : « En quelques mois, j’ai vu la différence. Les temps d’attente entre deux courses sont bien plus longs. »

Taxis contre Uber, les raisons d’un nouvel accès de colère

« Le samedi soir, je travaille en chapeau blanc, c’est-à-dire que je ne fais pas appel à une centrale de réservation. J’ai l’habitude de me garer devant les Brotteaux. Avant, j’attendais rarement plus de dix minutes pour avoir un client. Maintenant, c’est une heure facilement, raconte Adrien, amer. Pendant ce temps, je vois des voitures banalisées, s’arrêter et récupérer des gens à la sortie des boîtes de nuit. »

« Les taxis m’ont laissé dans ma flaque de sang »

Mais le discours des taxis passe actuellement mal auprès de la population. L’agression d’un jeune homme samedi soir n’a fait qu’accentuer leur impopularité. Et Frédéric en est bien conscient : « Il ne faut pas faire de généralité pour autant. On est mal compris aujourd’hui ». Et d’expliquer : « Les gens nous reprochent d’être trop chers mais il faut savoir que le prix est imposé par l’Etat et redéfinit chaque année lors d’une réunion en Préfecture. » A savoir 1,52 euros le kilomètre cette année.

« Travail au noir »

« C’est sûr, les clients voient en premier lieu leur portefeuille. Cela se comprend, ajoute Adrien. Mais sur une course de dix euros, on a déjà 50 % de charges. Si on ajoute l’assurance, qu’est-ce qu’il nous reste ? Trois euros cinquante ou quatre euros. Un conducteur Uberpop sera au final mieux payé. Il demandera cinq euros mais gardera l’argent dans sa poche. »

Soucieux de rétablir leurs images auprès de l’opinion publique, les conducteurs de taxis affirment être « ouverts à la concurrence ». « Tout ce qu’on demande c’est que les choses soient réglementées. On a subi l’arrivée des Vélo’V, des taxis-motos ou de Vortex, spécialisé dans les transports de personnes handicapées, on n’a pas manifesté, plaide Adrien. Là, les choses sont différentes car UberPop, c’est du travail au noir. »