Cancer: L'autogreffe de graisse dans la reconstruction mammaire plébiscitée à Lyon

SANTÉ Cette technique naturelle, qui ne laisse aucune cicatrice, a été validée récemment par la Haute Autorité de santé...

Elisa Frisullo

— 

17/06/2015 à Lyon. A l'hôpital de la Croix-Rousse à Lyon, la reconstruction mammaire après cancer se fait grâce à la réinjection de tissus graisseux. Une technique naturelle et en ambulatoire qui vient d'être avlidée par la Haute autorité de santé.
17/06/2015 à Lyon. A l'hôpital de la Croix-Rousse à Lyon, la reconstruction mammaire après cancer se fait grâce à la réinjection de tissus graisseux. Une technique naturelle et en ambulatoire qui vient d'être avlidée par la Haute autorité de santé. — Elisa Frisullo / 20 Minutes

En une heure et demie, le sein, retiré à la suite d'un cancer, a déjà retrouvé un aspect plus normal. Les Hospices civils de Lyon ont présenté ce mercredi une technique de reconstruction mammaire réalisée grâce à la réinjection de la graisse de la patiente. Une autogreffe de tissus adipeux qui n’est pas toute nouvelle, mais qui a obtenu en février seulement la validation de la Haute Autorité de Santé.

Imaginée dès la fin du XIXe siècle, cette technique, qui consiste à prélever de la graisse chez la patiente pour lui réinjecter une fois purifiée, avait été abandonnée dans les années cinquante puis remise au goût du jour par un professeur américain en 1998. Depuis, les chirurgiens Lyonnais du Centre hospitalier universitaire n’ont eu de cesse de l’étudier, de l’expérimenter jusqu’à ce qu’ils soient en mesure, de réaliser dans le milieu des années 2000, les premières autogreffes de tissus adipeux sur les seins. «Jusqu’alors, on le faisait sur le visage, les mains, les jambes mais pas sur les seins. Car les radiologues estimaient que cela empêcherait de voir de potentielles tumeurs lors des mammographies», indique le professeur Ali Mojallal, chef de service adjoint de chirurgie plastique, esthétique et reconstructrice de l’hôpital de la Croix-Rousse. L’évolution de la radiologie et de la technique d’autogreffe graisseuse a ensuite permis de traiter le sein.

En chirugie reconstrutrice et esthétique

Aujourd’hui, l’injection se pratique sur des patientes auxquelles on a retiré la tumeur cancéreuse, pas le sein. Mais aussi sur des femmes qui, à la suite d'un cancer, ont subi une ablation du sein (mastectomie). Et en chirurgie esthétique, sur des patientes qui, dans leur histoire familiale et personnelle, n’ont pas d’antécédents de cancer. La reconstruction mammaire après mastectomie, possible deux ans après l’arrêt des traitements pour écarter les risques de récidive, s’effectue le plus souvent en complément d’autres techniques. «Nous posons une prothèse puis nous comblons le sein avec de la graisse. Mais depuis cinq ans, nous avons totalement reconstruit le sein de cinquante patientes en utilisant uniquement l’autogreffe de graisse», précise Ali Mojallal. Selon lui, ces femmes sont stabilisées depuis leur opération.

Une technique rapide et naturelle

Dans les années à venir, cette technique devrait continuer à se démocratiser, selon le professeur lyonnais, en raison des avantages qu’elle présente. L’intervention, courte, se réalise en ambulatoire (la patiente rentre chez elle le soir). Elle ne laisse aucune cicatrice, la graisse étant réinjectée grâce à une grosse aiguille. Le résultat obtenu est naturel. «Après les inquiétudes soulevées à la suite de l’affaire des prothèses PIP, l’injection de leur propre graisse a de quoi séduire les candidates à la reconstruction», estiment les Hospices civils de Lyon.

La validation du procédé médical par la Haute autorité de santé devrait également permettre la prise en charge de cette opération par l’assurance maladie, dans les prochains mois. «C’était déjà conventionné, mais nous faisions passer la chirurgie, avec l’accord de l’assurance maladie, en tant qu'autogreffe de tissus adipeux sur le visage», ajoute le professeur.