Lyon: La lente déchéance de Renault Trucks

ECONOMIE Les salariés ont manifesté ce mardi matin devant la Préfecture pour dénoncer la suppression de 512 postes sur les sites de Vénissieux et Saint-Priest...

Caroline Girardon
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Des salariés de Renault Trucks ont manifesté dans les rues de Lyon le 16 juin 2015. AFP PHOTO / JEFF PACHOUD
Des salariés de Renault Trucks ont manifesté dans les rues de Lyon le 16 juin 2015. AFP PHOTO / JEFF PACHOUD — AFP

Les salariés de Renault Trucks ont manifesté ce mardi matin dans les rues de Lyon afin de dénoncer le plan social qui leur a été présenté la semaine dernière. L’occasion de revenir sur les raisons qui ont amené le deuxième plus important employeur de la région à licencier à tour de bras.

Renault Trucks va supprimer 512 postes à Lyon

D’où vient le groupe Renault Trucks ?

L’histoire de Renault Trucks remonte à 1894. Elle est liée au destin parallèle de deux industriels : le Lyonnais Marius Berliet, qui sera le premier à fabriquer un moteur de voitures et le Parisien Louis Renault. En 1906, Berliet lance la construction de camions. Des décennies plus tard, en 1955 naît la Saviem, société anonyme de véhicules industriels et d’équipements mécaniques, résultant de l’association de plusieurs sociétés dont le département camion de Renault.

En 1978 Berliet et la Saviem vont fusionner pour créer Renault Véhicules Industriels qui deviendra l’unique constructeur français de poids lourds. En 1992, RVI devient alors Renault V.I. Dix ans plus tard, le groupe est racheté par le Suédois Volvo. L’entreprise change alors de nom pour être baptisée Renault Trucks. En 2012, Renault qui détenait 20% du capital, décide de se retirer.

Qui est concerné par le plan social ?

Après un premier plan social en 2014 (319 postes supprimés dans l’agglomération lyonnaise), le 28 avril, la direction du groupe annonce la suppression de 591 postes (sur 3.600) sur les sites de Saint-Priest et de Vénissieux. Elle indique également vouloir en créer 79 autres. Ce qui ramène la perte nette à 512 emplois. Seuls les salariés de Renault Trucks sont concernés par ce plan social, ceux de Volvo étant épargnés.

« On décapite l’entité commerciale de Renault Trucks », lâche Mehdi, membre du CHSCT. Car l’unité « support commercial » est la plus touchée. 143 postes, dédiés à « l’après-vente » doivent être transférés en Suède, au siège de l’entreprise Volvo. 48 autres seront délocalisés à Casablanca au Maroc et à Istanbul en Turquie.

Pourquoi tailler dans les effectifs à Lyon ?

Le constructeur de poids lourd a indiqué vouloir ainsi « augmenter son efficacité et réduire ses coûts ». Les différents plans sociaux montrent la volonté de Volvo de centraliser ses décisions à Göteborg, écartant ainsi Renault Trucks qui n’aurait plus la main sur les ventes de véhicules.

Et la pilule a du mal à passer auprès des salariés lyonnais. « On sent que Volvo nous lâche et veut détruire Renault Trucks », s’inquiète Véronique, employée depuis 40 ans qui ne donne pas cher de l’avenir de l’entreprise. « Dans six ans, on n’existera plus », prédit-elle.

« On est tout simplement entrain de démanteler la filière poids lourd en France », analyse Anne-Marie, sa collègue. « On a présenté ce plan comme celui de la défense de la compétivité or les études menées avec le CHSCT sur l’impact de cette décision, montrent que les répercussions vont être importantes », explique Christian Ginot, secrétaire du CCE de Lyon.

« Ces suppressions vont entraîner de graves dysfonctionnements dans le groupe. Tout le marché des poids-lourds va en pâtir car il ne faut pas oublier tous les sous-traitants et les milliers d’emplois que cela représente ». « Les moyens et le personnel de production ne sont pas touchés dans ce plan. Il n'y aura pas d'impact sur les sous-traitants », assure le groupe Volvo.

Renault Trucks est-il encore compétitif ?

Oui, à l’unanimité selon les salariés. « Depuis qu’une nouvelle gamme de camions a été lancée sur le marché, il y a deux ans, les ventes ont considérablement augmenté, témoigne Mehdi. A tel point qu’on a touché une prime cette année. »

Au premier trimestre 2015 Volvo-Renault Trucks aurait réalisé un bénéfice net de 457 millions d’euros (soit quatre fois plus que l’année d’avant) avec des ventes en hausse de 14 %. En revanche, les ventes effectuées lors du premier 2014 étaient bien moins importantes (50% de volumes en moins qu'en 2008 par exemple).

L’hémorragie va-t-elle s’arrêter ?

Non, à en croire l’ensemble des salariés qui ont de grosses inquiétudes sur les bureaux d’études, reconnus centre d’excellence. « S’ils partent à Göteborg, le site de Lyon va continuer à se vider », redoute Christian Ginot. La direction du groupe indique qu'il n'en a jamais été question.

Par ailleurs, Volvo a indiqué vouloir externaliser son unité informatique, dont une grande partie des effectifs se trouve à Lyon. 181 postes seraient menacés.