Pro D2: «Le LOU doit apprendre de ses erreurs», confie Sébastien Chabal

RUGBY Tout juste un mois avant leur jubilé à Gerland, Lionel Nallet et le célèbre barbu du XV de France sont revenus dans un entretien croisé pour « 20 Minutes » sur leur carrière, de Bourgoin à la relégation du LOU…

Propos recueillis par Jérémy Laugier

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Sébastien Chabal et Lionel Nallet, ici face au Pays de Galles lors du Tournoi des 6 Nations en 2009, cumulent 136 sélections en équipe de France.
Sébastien Chabal et Lionel Nallet, ici face au Pays de Galles lors du Tournoi des 6 Nations en 2009, cumulent 136 sélections en équipe de France. — MARTIN BUREAU / AFP

« Il n’y aura pas que des papys. » Pour leur jubilé dans un mois au stade de Gerland (le 4 juillet à 17h30), Lionel Nallet (38 ans) et Sébastien Chabal (37 ans) vont notamment s’entourer de Damien Traille, Dimitri Yachvili, Jason Robinson, Mark Cueto et Luke McAlister pour défier les Barbarians. Les deux fidèles complices, qui se sont pour la première fois croisés il y a 17 ans à Bourgoin, reviennent pour 20 Minutes sur leur histoire si souvent commune, du CSBJ au LOU.

Comment peut-on décrire cet esprit de « la Berjallie » que vous avez vécu ensemble entre 1998 et 2003 ?

Lionel Nallet : Il n’y avait que des joueurs régionaux. Michel Couturas (entraîneur du CSBJ de 1993 à 2000) venait lui-même nous chercher dans nos clubs. Il a su créer un esprit particulier. On était un petit club, dans une toute petite ville, et on jouait face à des mammouths. Dans notre esprit, on était alors le village gaulois replié que le rugby français n’aimait pas.

Sébastien Chabal : On était aussi à la transition du rugby amateur et du rugby professionnel à cette époque-là. Il n’y avait pas autant de pression qu’aujourd’hui. Les joueurs avaient davantage de libertés. C’était vraiment plus facile de créer un groupe et une identité.

Finalement, Oyonnax a repris la recette cette saison, non ?

Lionel Nallet : Oui, je pense que Christophe Urios a créé quasiment la même chose à Oyonnax. Il n’y a aucun joueur sélectionné en équipe de France et tout se joue à l’envie et à l’affect. Leur parcours est beau pour le rugby et il prouve à de nombreux clubs que malgré certaines armadas, il y a encore moyen de créer des surprises.

Avait-il été difficile pour vous de quitter le CSBJ à l’époque ?

Lionel Nallet : Non, j’avais besoin de me remettre un peu en danger et de sortir de ce confort familial qui existait à Bourgoin pour me relancer. Il fallait que j’aille voir ailleurs (à Castres de 2003 à 2009).

Sébastien Chabal : C’est l’envie de continuer à progresser qui m’a fait partir. A moins d’un parcours exceptionnel, nos moyens économiques ne nous permettaient plus de nous situer que dans le ventre mou du championnat. Je voulais donc rejoindre Toulouse mais le club n’avait alors pas besoin de moi. J’ai donc suivi Philippe Saint-André, qui venait de quitter Bourgoin, pour une belle aventure à Sale (Angleterre, de 2004 à 2009).

Comment expliquez-vous son parcours si difficile à la tête des Bleus ?

Sébastien Chabal : C’est un ami donc c’est compliqué pour moi d’en parler. Mais durant les sept années où je l’ai eu, c’était un très bon entraîneur et manager, que ce soit sur le point tactique ou technique. Je suis donc le premier surpris que cette équipe de France ne tourne pas. Je ne pense pas que ce soit une responsabilité personnelle. Il y a tout un staff, une fédération et un groupe de joueurs autour de lui. Mais la préparation à la Coupe du monde va remettre pas mal de choses à plat.

Avez-vous toujours été proches au point de planifier vos carrières dans le même club (au CSBJ puis au Racing Métro et au LOU) ?

Lionel Nallet : Pendant les six ans où nous n’avons pas joué ensemble, on a dû s’appeler une ou deux fois. Mais quand on se retrouvait en sélection, c’est comme si on s’était vu la veille. C’est un truc assez particulier aux Berjalliens.

Sébastien Chabal : C’est un peu le hasard de la vie qui nous a permis de nous retrouver au Racing Métro (en 2009). Il y avait un beau projet avec ce club qui remontait en Top 14 et qui voulait s’entourer de joueurs expérimentés. Puis le LOU avait envie de reconstruire sur un champ de ruines en Pro D2 et ça nous permettait de revenir près de chez nous.

Finalement, vous devez conserver un souvenir mitigé du LOU avec une remontée mais aussi une relégation dans la foulée (pour Nallet, Chabal ayant arrêté durant l’été 2014)…

Sébastien Chabal : Cette relégation est plus triste pour la ville et pour le club que pour nous. Car notre carrière était déjà derrière. Nous sommes venus là pour être de bons soldats et accompagner cette équipe dans son ambition de s’installer en Top 14. Ça n’a pas marché. Le LOU doit apprendre de ses erreurs.

Quelles sont les principales explications selon vous ?

Sébastien Chabal : Il y a beaucoup de paramètres. En subissant six défaites avec moins de cinq points d’écart, une spirale négative s’est installée.

Sébastien, aviez-vous parfois envie de donner un coup de main à Lionel et à vos collègues du LOU sur le terrain ?

Sébastien Chabal : Oui, pour mettre deux ou trois coups d’épaule. Mais je savais que je n’avais pas plus de trois minutes d’autonomie ! J’étais donc très réaliste sur ce que je pouvais apporter. J’avais décidé de raccrocher et c’était leur histoire.

Le recrutement lyonnais est assez impressionnant, avec notamment Napolioni Nalaga et votre ancien partenaire au CSBJ Julien Bonnaire

Sébastien Chabal : Oui mais cela ne doit pas être un coup d’épée dans l’eau. Il ne faut pas que le club reproduise ce qu’il a fait avec nous. A savoir recruter des grands joueurs quand il descend, et une fois que l’objectif de remontée est atteint, ça s’arrête…