Lyon: Il y a 40 ans, les prostituées occupaient Saint-Nizier

SOCIAL Le 2 juin 1975, une centaine d’entre elles avait envahi l’église afin de protester contre la répression policière, marquant en son temps, un tournant dans l’organisation des travailleuses du sexe…

20 Minutes avec AFP

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Lyon, le 2 juin 1975.
Les prostituées occupent l'église Saint-Nizier pour protester contre les répressions policières.
Lyon, le 2 juin 1975. Les prostituées occupent l'église Saint-Nizier pour protester contre les répressions policières. — AFP

«On ne sortira pas tant qu’on n’aura pas obtenu des résultats, la tête haute, en étant femme et mère ; pas en étant un sexe et un bas-ventre que les types attendent dehors pour leur sauter dessus. Ça, il n’en est pas question».

Dans les archives de l’Institut national de l’audiovisuel, la voix de cette femme résonne en dehors de l’église Saint-Nizier de Lyon, devant des passants médusés.

On est le 2 juin 1975. Une centaine de prostituées, excédées par la répression policière, décident spontanément d’occuper l’édifice. C’est la première fois qu’on entend haut et fort les revendications d’une population stigmatisée.

Une semaine d’occupation

«Elles étaient mitraillées d’amendes pour racolage et menacées de prison en cas de récidive», se souvient Louis Blanc, 90 ans, à l’époque prêtre d’une paroisse voisine et militant du Mouvement du Nid, une association qui aide les prostituées à sortir de la rue. «Quand on a su qu’une d’elles était recherchée par la police, ça a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase».

«J’ai passé la semaine complète avec elles dans l’église, elles étaient très déterminées», raconte le prêtre, qui leur a conseillé d’occuper Saint-Nizier, dont le curé était plus favorable à leur action.

L’occupation durera une semaine et sera dûment médiatisée. Elle se soldera cependant par l’expulsion de ces femmes par les forces de l’ordre. «Mais cette révolte a provoqué une révolte générale et une prise de conscience», insiste le père Blanc.

Quarante après, «rien n’a changé»

D’autres mouvements similaires émergeront effectivement dans plusieurs villes en France et jusqu’à Londres pour dénoncer des verbalisations à répétition et les peines de prison.

Quarante ans plus tard, «c’est toujours catastrophique» et «il y a encore beaucoup de stigmatisation», témoigne «Pat», médiatrice culturelle pour l’association lyonnaise de défense des prostitués Cabiria. «En termes de répression, rien n’a changé, c’est pire», confirme Morgane Merteuil, porte-parole du Strass, Syndicat du travail sexuel.

L’occupation de l’église lyonnaise a cependant posé la première pierre de l’organisation des «travailleuses du sexe», commente la porte-parole du Strass.

Ainsi, l’arrivée du sida dans les années 80 a conduit à la création d’associations de santé communautaire, faisant travailler ensemble professionnels de la santé et du social et personnes prostituées.