Lyon, le 2 juin 2015
Une trentaine de prostituées se sont réunies sur le parvis de l'Eglise Saint-Nizier en souvenir des 40 ans de la révolte des travailleuses du sexe.
Lyon, le 2 juin 2015 Une trentaine de prostituées se sont réunies sur le parvis de l'Eglise Saint-Nizier en souvenir des 40 ans de la révolte des travailleuses du sexe. —

SOCIAL

Lyon: La prostitution, «un métier qui a très mal évolué»

Quarante ans après l'occupation de l'église Saint-Nizier, les travailleuses du sexe dont le métier a beaucoup évolué, ont manifesté mardi pour dénoncer les repressions croissantes...

Qu’on ne la traite pas de « pute ». Ce mot la fait sortir de ses gonds. A 77 ans, Claudette Plumey, a toujours le verbe haut, affichant fièrement 62 ans de prostitution au compteur. Un « art » dit-elle fièrement. « C’est un travail social, d’utilité publique ». La « doyenne » a « commencé le métier à l’âge de 15 par amour pour une amie ». Depuis, elle n’a jamais pu décrocher.

Pas question donc d’arrêter, la péripatéticienne continue de voir quelques clients réguliers, et surtout à défendre son métier. Quarante ans après la révolte des prostituées lyonnaises ayant occupé l’église Saint-Nizier, la septuagénaire est venue à Lyon mardi après-midi, manifester contre « une répression et une stigmatisation croissantes. »

Crise économique et réseaux étrangers

Car en 40 ans, le métier a pas mal évolué, affirme-t-elle. Et pas dans le bon sens. « Les filles ne peuvent plus travailler à visage découvert. Beaucoup vont se cacher ou travailler dans les bois. Ce qui aggrave le proxénétisme, les risques d’attraper le Sida et les faits de violence », déplore Claudette.

« C’est un métier qui a très mal évolué. Aujourd’hui c’est infernal », regrette Julie, en activité depuis 40 ans. Les filles venues des pays étrangers et le contexte économique qui s’est dégradé ont considérablement changé la donne.

Des règles bafouées

« A mes débuts, c'était les filles qui décidaient de ce qu’elles faisaient ou pas. Il y avait des règles très strictes : interdiction d’embrasser ou d’être sodomisée, explique la Lyonnaise. Désormais, les clients sont de plus en plus dominants. »

Certaines prostituées casseraient les prix du marché, dénoncent aussi certaines « anciennes ». « Avant, on avait un accord : on pratiquait toutes les mêmes tarifs. Ce n’est plus le cas », raconte Julie. « En Suisse, elles proposent des fellations à 20 francs suisses dans les cages d’escalier, constate Claudette. Personnellement, je n’ai jamais travaillé à moins de 150 francs suisses. » « Il y a quelques années, on travaillait à la prestation. Maintenant, les filles bossent au temps et font tout ! », poursuit Julie.

« Avant, on recevait une éducation »

« Certaines se voient obligées de tout accepter, y compris d’avoir des relations non protégées. Avant, il n’était pas question de faire ça, déplore Claudette. On recevait une éducation. Lorsque j’ai commencé dans une maison, j’ai eu une formatrice qui nous apprenait par exemple à vérifier au préalable que le client n’avait pas de bouton ou qu’il était propre. Le cas échéant, on nous expliquait comment le laver. Malheureusement, toutes ces choses se sont perdues. »