Bron: Grève dans un lycée en soutien à une enseignante cible de remarques racistes

ÉDUCATION Les grévistes, qui font part de commentaires et de dessins xénophobes et antisémites, dénoncent le manque de soutien de leur hiérarchie...  

Elisa Frisullo

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Illustration d'une classe de lycée. A. Gelebart / 20 minutes
Illustration d'une classe de lycée. A. Gelebart / 20 minutes — A. GELEBART / 20 MINUTES

Les faits dénoncés sont jugés suffisamment graves pour que les enseignants aient décidé de se mobiliser ce mardi. De nombreux cours ont ainsi été annulés au lycée professionnel Tony-Garnier de Bron, où une journée de grève est observée par la majorité des professeurs en soutien à l'une de leurs collègues, cible de certains élèves depuis le mois de janvier. «Cette enseignante, contractuelle, subit des remarques racistes et antisémites et fait l'objet de caricatures», indique Olivier Frezza-Buet, professeur et représentant CGT éducation à Tony-Garnier. Des élèves lui ont demandé de manière répétée si elle buvait du vin, mangeait du saucisson, parlait hébreu, si elle était musulmane ou quelle était son origine. Les caricatures représentaient, selon le syndicat, l'enseignante d'origine algérienne, criblée de balles, ou un personnage juif, accompagné du titre «Tête de chou».

Des avertissements

Pour faire cesser ces agissements, la professeur a alerté le chef d'établissement et rédigé des rapports. Les élèves mis en cause ont fait l'objet d'un avertissement, en février. «Mais ce n'est pas allé plus loin. Et aujourd'hui, alors que le harcèlement a recommencé, il refuse de convoquer un conseil de discipline et a conseillé à l'enseignante d'aller porter plainte», assure le syndicaliste.

Une situation intolérable pour l'équipe éducative, soucieuse par cette grève de dénoncer le manque de soutien de leur chef d'établissement. «Nous ne sommes pas en grève contre les élèves. Ce sont des gamins, ils peuvent faire des erreurs. Nous ne voulons pas les traîner devant la police. Nous disposons de mesures disciplinaires au sein de l'établissement pour faire cesser ces actes», ajoute l'enseignant.

Des propos inappropriés pour le proviseur

Pour le proviseur du lycée, contacté par 20 minutes, les faits relatés récemment par l'enseignante relèvent du «ressenti» de cette dernière. «Les propos tenus par certains élèves en janvier étaient inappropriés et ont fait l'objet d'avertissement. J'ai pris la parole dans la classe pour leur rappeler les valeurs républicaines et j'ai convoqué les familles», estime Jérôme Frey, qui ne voit pas de caractère raciste ou antisémite dans les propos tenus par certains lycéens. Ni dans la caricature. «C'était un dessin inapproprié. On ne doit pas dessiner en cours mais j'étais incapable de dire ce qu'il représentait. Pour moi, fin février, l'affaire était classée». Puis la semaine dernière, la situation a dégénéré de nouveau.

«L'enseignante m'a dit qu'elle se sentait victime de harcèlement. Un élève a par exemple crié "saucisson". Mais un autre lycéen de la classe a un nom qui se rapproche du mot saucisson. On est sur le ressenti de cette professeur», ajoute le chef d'établissement, qui a toutefois décidé d'éloigner du lycée les élèves concernés pendant trois jours. «Je voulais prendre le temps d'analyser les choses. Et après avoir entendu l'enseignante et analysé les faits, j'ai estimé que ces agissements n'étaient pas qualifiables pour un conseil de discipline. Mais je lui ai indiqué que si elle souhaitait porter plainte, je l'accompagnerais et je l'aiderais.»

Le proviseur doit de nouveau recevoir les familles cette semaine et a indiqué rester ouvert au dialogue avec l'équipe éducative pour que les récentes tensions s'apaisent. Les grévistes ont décidé de reconduire leur mouvement mercredi.