Lyon: «On a cru que de la viande avait pourri dans la cuisine»

POLEMIQUE En allant débarrasser un appartement vacant dans le 8e arrondissement, des travailleurs en réinsertion ont découvert une scène d'horreur...

Elisa Frisullo

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Lyon, le 9 avril 2015.Dans cet immeublede la rue des Serpollières, dans le 8e arrondissement de Lyon, des fragments d'un cadavre en décomposition, sont encore présdents dans un logement, deux ans après le décès du locataire.
Lyon, le 9 avril 2015.Dans cet immeublede la rue des Serpollières, dans le 8e arrondissement de Lyon, des fragments d'un cadavre en décomposition, sont encore présdents dans un logement, deux ans après le décès du locataire. — Elisa Riberry / 20 Minutes

Au 25, rue des Serpollières, dans le 8e arrondissement de Lyon, les locataires ont presque tous oublié qu'il y a près de deux ans, un octogénaire vivant au cinquième étage, a été retrouvé mort, plusieurs jours après son décès. Mais ce triste fait divers est remonté à la surface fin mars, lors de l'intervention d'une équipe de travailleurs de l'association d'insertion par l'emploi Entreprise-Ecole.

Des personnels non avertis et choqués

Ces personnels, chargés de débarrasser les lieux, ont bien failli défaillir en pénétrant dans l'appartement le 20 mars dernier. Car dans le logement, où le cadavre a évidemment été retiré lors de sa découverte, les stigmates du corps en décomposition étaient encore bien présents. «L'odeur était insoutenable tout comme ce que nous avons découvert. Au début on a cru que dans la cuisine, de la viande avait pourri et coulé du frigo. Mais on a réalisé qu'il s'agissait des fragments d'un corps en décomposition, avec du sang séché», raconte l'un des salariés de l'Entreprise-Ecole, indigné qu'une telle mission ait pu être affectée à des travailleurs, non avertis de ce qui les attendait dans le logement.

Des mouches et asticots

Sur des photos prises dans l'appartement insalubre que 20 minutes s'est procurées, les traces d'un corps incrustées dans le sol de la cuisine apparaissent clairement. On distingue également des restes de cheveux et de nombreuses mouches et asticots collés au sol. «Notre travail, c'est de débarrasser des logements pas d'être confrontés à ce genre de scène. On ne peut pas vouloir réinsérer des gens et leur faire faire une tâche aussi choquante», s'indigne un travailleur, inquiet aussi pour les locataires de l'immeuble. «Comment laisser de telles horreurs pendant des mois dans un lieu où vivent des gens. On met en danger les locataires».

Dans le bâtiment géré par Grand Lyon Habitat, les habitants ne se doutaient pas que l'appartement du défunt était encore saccagé. «Cela fait deux ans qu'il est mort, je pensais que tout avait été nettoyé», lâche une résidente. «Je suis entré dans l'appartement, le jour où ils sont venus débarrasser. C'est un carnage là-dedans, l'odeur est affreuse, il y avait plein de mouches et la trace du cadavre, avec du sang, dans la cuisine», ajoute un locataire qui indique toutefois n'avoir rien senti avant d'entrer dans le logement vacant.

Une longue procédure juridique

Interrogée par 20 minutes sur les conditions d'intervention de son équipe de travailleurs ce jour-là, la direction de l'Entreprise-Ecole a indiqué être au courant de cette affaire, mais s'est refusée à tout commentaire. Le bailleur Grand Lyon habitat explique quant à lui que logement est resté en l'état si longtemps en raison de la procédure juridique engagée après le décès du locataire.

«Quand un locataire qui vit seul dans un logement décède, le bail prend fin automatiquement. Si l'appartement est encore meublé, les héritiers sont recherchés afin de récupérer la succession (affaires personnelles et mobilier du défunt présents dans le logement) ou autoriser le bailleur à libérer le logement», indique Grand Lyon Habitat. Dans le cas présent, aucun héritier n'a été retrouvé et la succession a été déclarée vacante, après de longs mois de recherches.