Lyon: Le titanesque chantier de reconversion de l'Hôtel-Dieu enfin lancé

URBANISME Les travaux ont démarré ce vendredi midi. Le projet devrait être achevé en 2018...

Caroline Girardon
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Le cloître de l'Hôtel-Dieu de Lyon sera transformé en jardin d'agrément.
Le cloître de l'Hôtel-Dieu de Lyon sera transformé en jardin d'agrément. — Caroline Girardon

Soixante et onze ans qu'elle n'avait pas été ouverte. L'imposante porte en bois de l'Hôtel-Dieu, située du côté des quais Jules Courmont, a légèrement grincé; elle qui n'avait plus bougé depuis 1944. Mais sa réouverture vendredi midi par Gérard Collomb, le maire de ville et Fleur Pellerin, ministre de la Culture, est tout un symbole.

Elle marque le lancement des travaux de reconversion de l'Hôtel-Dieu, l'un des plus anciens hôpitaux de la ville. Un chantier pharaonique, estimé à 250 millions d'euros et dont le financement n'a pas encore été totalement bouclé. Soit la plus importante opération privée de réhabilitation de monuments historiques en France. A terme, il s'agira de rénover 40.000 mètres carrés de bâtiments anciens et d'en construire 11.500 nouveaux.

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«Six nouvelles entrées seront créées pour que cet ensemble soit rendu aux Lyonnais, indique l'architecte Michel Constantin. Les passants pourront entrer d'un côté (sur les quais du Rhône) et ressortir d'un autre (rue Bellecordière)». Pour autant pas question, de détruire l'essentiel des murs. «Le monument est classé en totalité, précise Didier Repellin, architecte en chef des Monuments historiques. Seules les constructions en béton, ajoutées au fil des années, seront démolies».

Un hôtel 5 étoiles sur les quais

Le cloître, par exemple, sera entièrement conservé pour être transformé en vaste jardin d'agrément. De même que les autres cours. «Cela représentera 8.500 mètres carrés, soit l'équivalent de la place des Terreaux», note Michel Constantin. Quant au dôme, situé du coté de la rue Childebert, il abritera la cité de la gastronomie ainsi qu'un centre de conférence. Pour l'occasion, la cour intérieure deviendra un marché du terroir. Sans oublier un nouveau édifice tout en verre, rue Bellecordière.

L'Hôtel-Dieu troque sa blouse pour la toque

Le Grand dôme et les imposants bâtiments longeant les quais du Rhône, accueilleront à partir de 2018, un hôtel Intercontinental, 5 étoiles. Le rez-de-chaussée sera réservé aux boutiques. «Il y a plusieurs siècles, il existait déjà des commerces à cet endroit . Les propriétaires de l'hôpital faisaient ainsi rentrer de l'argent pour soigner les malades. Il y a donc une légitimité à réintroduire des commerces dans cet espace», justifie l'architecte.

Où est passé le Pole de promotion de la santé?

Car les voix s'élevant contre ce projet sont encore nombreuses. A commencer par les soutiens actifs du Pole régional de promotion de la Santé (PRPS), un espace associatif dévolu à la santé publique. Ce projet tourné vers la prévention et les échanges entre les chercheurs et les professionnels avait été défendu Gérard Collomb lors de la campagne municipale de 2008. Depuis, il semble être passé à la trappe et n'a pas été évoqué vendredi.

«Le projet dévoilé est à ce jour exclusivement tourné vers le commerce, la gastronomie et l'hôtellerie de luxe», s'inquiètent les représentants du Gram, groupe de réflexions citoyennes. «L'Hôtel-Dieu reste emblématique de Lyon et de ses valeurs humanistes. Il a joué au cœur de la ville durant des siècles, un rôle majeur d'accueil et de soins des populations les plus vulnérables», rappelle Le collectif citoyen PRPS qui souhaite néanmoins «s'inscrire dans une relation constructive avec Eiffage et la mairie». «Ce projet nécessiterait un espace de 3.000 mètres carrés, soit à peine 10% de la surface globale», conclut le Gram.