Viols sur élèves en Isère: «Les petits en parlaient à la récréation»

ENQUËTE Au surlendemain de l'arrestation du directeur de l'école primaire du Mas de la Raz à Villefontaine, les écoliers commencent à se confier à leurs parents...

Elisa Riberry, Caroline Girardon

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Villefontaine, le 24 Mars 2015, le directeur du groupe scolaire Mas du Raz, est soupçonné d'avoir violé des enfants de son établissement. Trois familles ont porté plainte.
Villefontaine, le 24 Mars 2015, le directeur du groupe scolaire Mas du Raz, est soupçonné d'avoir violé des enfants de son établissement. Trois familles ont porté plainte. —

Plus les heures passent, plus l'affaire prend de l'ampleur. Au surlendemain de l'arrestation de Romain, 45 ans, directeur de l'école du Mas de la Raz à Villefontaine (Isère), mis en examen ce mercredi pour viols sur plusieurs de ses élèves, les écoliers ont commencé à se confier à leurs parents.

Après l'alerte donnée la semaine passée par deux fillettes de CP, victimes présumées du professeur des écoles qui a avoué les faits mardi, neuf plaintes ont été déposées selon le parquet de Vienne. Les parents craignent que le nombre de victimes soit encore plus élevé. «Il y a neuf cas enregistrés mais il pourrait y en avoir beaucoup plus que ça. On ne souhaite pas mettre de l’huile sur le feu mais vu les dires de nos enfants, on pense que toute la classe est concernée», confie à 20 minutes, Guillaume, le père de deux filles scolarisées en CE2 et en CM2 au Mas de la Raz.

Le professeur des écoles a avoué

«Son absence a libéré les paroles»

A l'école, les actes du directeur, accusé d'avoir imposé des fellations à plusieurs écoliers, ne semblaient faire aucun secret pour les enfants.

«Je me suis rendu compte ce matin que tous les enfants de l’école savaient ce qu’il se passait. Au petit-déjeuner, j’ai commencé à en parler à mon aînée. Elle s’est mise à me raconter en détail ce qu’il s’était passé alors que je cherchais les mots pour lui expliquer. Elle m’a raconté que les petits en parlaient à la récréation. Tous les enfants étaient au courant alors qu’ils n'en ont jamais parlé à la maison. Je ne sais pas quel moyen de pression a utilisé cet instituteur pour arriver à les faire taire. Mais il est évident que son absence a libéré des paroles», ajoute ce père de famille.

Mercredi, la plupart des petites victimes sont retournées à l'école. «Elles savent que ce qu’on leur a fait est mal». Pour rassurer les écoliers, les parents ont demandé la nomination d'une femme aux côtés du directeur remplaçant, un instituteur de l'école qui a pris la tête de l'établissement mardi.

Une cellule psychologique

L’Education nationale a également envoyé une équipe de sept personnes du CHU de Grenoble en renfort du psychologue scolaire et du médecin scolaire pour accueillir les enfants et familles qui en auraient besoin.

Pour défendre leurs droits, les familles ont décidé de se réunir en association et ont lancé un appel pour trouver des avocats volontaires pour les assister. Plusieurs parents souhaitent attaquer l'Education nationale, en raison de la précédente condamnation du directeur d'école. En 2008, il avait écopé de six mois de prison avec sursis pour détention d'images à caractère pornographique, sans que cela ne figure dans son dossier professionnel.

Dans les deux autres écoles de la commune où le directeur a travaillé ces dernières années, les parents d'élèves ont été réunis et interrogés. «Pour le moment, il n'y aurait pas eu de remontées d'autres faits de viols dans ces établissements. Les faits sont sans doute centralisés sur le Mas de la Raz», a indiqué à 20 minutes Jacques Do Santos, adjoint au maire de Villefontaine en charge des Affaires scolaires.