Procès Iacono: «Ce n'est pas facile de dire qu'on est un menteur»

JUSTICE Gabriel Iacono est venu devant la cour d'assises du Rhône pour «innocenter» son grand-père qu'il a accusé pendant onze ans de l'avoir violé avant de se rétracter...

Elisa Frisullo

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Gabriel Iacono, ce 18 mars à Lyon, lors du troisième jour de procès de son grand-père qu'il a accusé de viols pendant onze ans avant de se rétracter.
F. Elner / Sipa
Gabriel Iacono, ce 18 mars à Lyon, lors du troisième jour de procès de son grand-père qu'il a accusé de viols pendant onze ans avant de se rétracter. F. Elner / Sipa — SIPA

«Je n'aurais jamais dit des horreurs pareilles si j'avais su qu'on en arriverait là. Je ne mesurais pas mes paroles». Au troisième jour du procès en révision de son grand-père, l'ex-maire de Vence Christian Iacono qu'il a accusé pendant onze ans de l'avoir violé avant de se rétracter, Gabriel Iacono est revenu ce jeudi matin sur «ses mensonges» devant la cour d'assises du Rhône.

«Je n’ai pas d'excuse d'avoir menti à cet âge-là. Je me présente à vous pour innocenter mon grand-père», a commencé le jeune homme de 24 ans, dont le témoignage était très attendu.

Condamné à neuf ans de prison

Car depuis le début de l'affaire en juillet 2000 jusqu'à sa rétractation en mai 2011, Gabriel, âgé de neuf ans lors de ses accusations, a laissé passer deux procès, au cours desquels Christian Iacono a été condamné à neuf ans de prison.

«Je suis responsable de mon mensonge. Je me suis enfermé là-dedans», a ajouté Gabriel , le récit parfois entrecoupé de sanglots mais la voix assurée: «J'ai vécu avec ça, souffert avec ça. Je n'ai jamais osé réparer mon erreur. Devant des jurés, une cour d'assises, ce n'est pas facile de dire qu'on est un menteur, une merde». 

Un profond mal être

Sur les raisons qui l'ont poussé à mentir, et ce mal-être qu'il véhicule aux dires des experts psychiatres depuis qu'il est enfant, Gabriel, qui a fait plusieurs tentatives de suicide, semble plus hésitant. Il décrit un contexte familial tendu, marqué par la guerre ouverte que se livrent depuis des années son père et son grand-père.

Puis il évoque son père, peu affectueux et distant avec lui. «J'ai voulu lui faire plaisir (...). Lui dire que mon grand-père m'avait fait mal, ça lui donnait des excuses de le détester», ajoute Gabriel, qui sans se dédouaner, estime aussi avoir été poussé dans son mensonge par les experts, médecins, proches, policiers, juges qui l'ont entendu tout au long de l'affaire.

«Personne ne m'a mis en difficulté»

«On s'est focalisé sur les expertises, le rapport médical. Et plus personne n'a cherché la vérité, plus personne ne m'a mis en difficulté», raconte le jeune agent de sécurité, qui espère voir son grand-père acquitté et sa rétractation entendue. «Il a fallu dix jours pour qu'on se dise que mon grand-père était coupable de viols et là, ça fait quatre ans que je me suis rétracté et on ne me croit pas.»

Interrogé sur d'éventuels viols ou agressions sexuelles commis à son encontre par une tierce personne, Gabriel Iacono a répondu par la négative. Pour expliquer les accusations portées contre un autre «vieux monsieur» dans ses dépositions d'enfant, (un ami de son grand-père acquitté en 2009 au bénéfice du doute), il a expliqué s'être alors accroché à son statut de «victime».

A la fin de la déposition de son petit-fils, Christian Iacono, ému jusqu'aux larmes à plusieurs reprises, n'a pas souhaité prendre la parole. Cet homme de 80 ans, qui a toujours clamé son innocence, a passé seize mois en prison, en quatre séjours. Il a été libéré en avril 2012 et a obtenu la révision de son procès en 2014.