Les militants UMP crient, le crieur de la Croix Rousse aussi

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Depuis bien longtemps, Gérald Rigaud n'avait pas vu autant de monde se presser autour de lui pour sa criée hebdomadaire. Une manifestation devenue rituelle sur le marché de la Croix-Rousse (4e) où, hier matin, second tour de la présidentielle oblige, la politique s'est ici comme ailleurs invitée sur la place publique.

« En tant que crieur, je ne dois pas prendre position », avait pourtant prévenu dès son arrivée Gérald, 32 ans, à l'origine de la manifestation anti-Sarkozy organisée le 5 avril sur le plateau lors de la venue à Lyon du candidat UMP. Mais la tentation était trop forte à la lecture des messages des Croix-roussiens confiés à ses talents d'orateur. « Je bois du Morgon et j'en profite tant que ce n'est pas encore interdit », a par exemple écrit un habitant, suscitant dans l'assemblée rires et applaudissements. « Je souhaite la bienvenue aux Sarkozystes qui sont parmi nous car lorsque nous sommes ensemble, tout devient possible », a dès lors embrayé le jeune comédien, empruntant avec ironie le slogan de campagne de Nicolas Sarkozy. « J'ai fini par croire aux sondages, il va passer. J'attends maintenant que la déception et la colère qui découleront de son élection créent un élan collectif », a ajouté à l'issue de sa criée Gérald, soucieux de faire émerger au niveau local « des actions collectives positives » pour faire évoluer la société.

Dans cette optique, une agora plénière était organisée dans l'après-midi au parc Chazières (4e) pour nourrir le programme du futur président. « Plutôt que de rester à angoisser chez moi, je préférais venir parler politique d'une manière différente, sans tension », a souligné Cindy, 25 ans, invitée comme les 200 Lyonnais participants au pique-nique à rédiger trois propositions essentielles pour l'avenir de la France. Des préoccupations qui, à quelques heures des résultats, tournaient essentiellement autour du droit au logement pour tous, la gratuité des transports publics ou le droit de vote des résidents étrangers. « Cela sera plus difficile à mettre en place sous Sarkozy, mais rien n'est joué. Nous avons encore les législatives pour nous faire entendre », a conclu Vincent, la trentaine.