Quand Laurence Parisot est invitée à visiter les Minguettes par un ancien détenu de Guantanamo

BANLIEUE L'ex présidente du Medef et Mourad Benchellali ont allés à la rencontre des acteurs de ce quartier défavorisé...

Elisa Frisullo

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Mourad Benchellali, ancien détenu de la prison de Guantanamo, lors d une conférence de presse avec Laurence Parisot, ancienne présidente du Medef, le 11 mars 2015 à Vénissieux. F. Elsner/ Sipa.
Mourad Benchellali, ancien détenu de la prison de Guantanamo, lors d une conférence de presse avec Laurence Parisot, ancienne présidente du Medef, le 11 mars 2015 à Vénissieux. F. Elsner/ Sipa. — SIPA

Mourad Benchellali et Laurence Parisot. A première vue, le duo a de quoi surprendre. Et pourtant, c'est à l'invitation de l'ancien détenu de Guantanamo que l'ex présidente du Medef s'est rendue ce mercredi sur le plateau des Minguettes, à Vénissieux, pour y rencontrer des habitants, des militants associatifs et des chefs d'entreprise. Objectif: réfléchir aux actions à mener pour offrir un horizon moins sombre à la jeunesse de cette ville de banlieue, où le chômage atteint les 20%.

Tisser des liens

«Il y a une énorme difficulté en France. C'est que les employeurs et ceux qui, comme ici, recherchent du travail ne se rencontrent pas», lâche Laurence Parisot, soucieuse de pouvoir retisser des liens entre le monde de l'entreprise et celui des quartiers. «Pour cela, il faut déjà comprendre que nous sommes du même tissu, qu'on a les mêmes désirs et une ambition très proche», ajoute l'ex présidente du Medef qui, alors que sur le papier tout les sépare, dresse le même constat que Mourad Benchellali sur la situation des banlieues.

«Un homme remarquable»

Elle frôle même l'admiration lorsqu'elle évoque rapidement le parcours de ce Vénissian, parti à 19 ans faire le djihad en Afghanistan, détenu à Guantanamo pendant trente mois puis dix-huit mois à son retour en France, et aujourd'hui mobilisé contre le djihad. «Mourad est un homme remarquable par son engagement, ses capacités à tirer leçon de ce qu'il a mal fait et à s'engager dans une certaine forme d'action et de réflexion. S'en sortir suppose un engagement collectif mais aussi un travail de réflexion sur soi-même», ajoute-t-elle.

Une vision, partagée par les militants associatifs venus rencontrer Laurence Parisot ce mercredi au sein de l'association humanitaire Bioforce, que certains aimeraient voir suivi d'actions. «Dans les quartiers, il y a de vrais potentiels. On nous dit que le gouvernement a engagé beaucoup de choses dans les banlieues, mais en déclinaison locale, on n’a pas vu grand-chose de concret. Moi je suis venu chercher des réponses précises aux difficultés que l'on rencontre», indique un militant Vénissian.

Et après?

Mais la venue à Vénissieux de Laurence Parisot n'était, semble-t-il, qu'une première étape, davantage destinée à la rencontre des acteurs du quartier. «L'idée, c'était d'aller sur le terrain pour échanger. Mais nous n'avons pas encore de projet précis. Peut-être que plus tard des choses pourraient naître», répond la présidente d'honneur du Medef.

Pour Mourad Benchellali, il y a urgence à passer à la phase concrète. «Je ne veux pas qu'on dise, Mourad est passé à la télé avec Laurence Parisot et derrière, il ne se passe rien. Ce n'est pas juste une visite ou une table ronde. Laurence a un réseau. L'idée est de voir ce que l'on peut construire. Je veux aider concrètement, qu'on ne soit pas là qu'avec de beaux discours. On nous a fait le coup après les émeutes de 2005 et il ne s'est rien passé. Je ne laisserai pas faire», assure Mourad Benchellali.