Lyon: Il s'attaque aux files d'attente devant la préfecture

SOCIAL Un ingénieur en informatique à la retraite a décidé de distribuer des tickets aux étrangers pour mieux gérer les files d'attente. Ce qui n'est pas du goût du préfet...

Caroline Girardon

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Une file d'attente devant la préfecture, à Lyon, le 16 février 2015.  AFP PHOTO / JEFF PACHOUD
Une file d'attente devant la préfecture, à Lyon, le 16 février 2015. AFP PHOTO / JEFF PACHOUD — AFP

Certains sont là depuis 4 h du matin, prêts à patienter de très longues heures. C'est le prix à payer pour augmenter ses chances d'obtenir un rendez-vous, dès l'ouverture des portes à 8h30. Et pour ne pas prendre le risque d'avoir à revenir le lendemain ou les jours suivants devant la préfecture du Rhône, afin de renouveler sa carte de séjour. Depuis des semaines, les files d'attente ne désemplissent pas devant l'entrée du bâtiment à Lyon.

Consciente du problème, la préfecture du Rhône a installé depuis le 9 février, un module de prise de rendez-vous sur internet. Une mesure qui ne concerne que les usagers étrangers titulaires d'une carte de séjour de 10 ans. Pour les autres, il faut faire la queue.

«Agitateur de la bonne cause»

«Cela dégonfle à peine les files d'attente, peste Bernard Houot, ingénieur en informatique à la retraite, scandalisé par cette situation. 80% des gens qui attendent ici ne sont pas concernés par le renouvellement de la carte de séjour de dix ans.» Remonté, le septuagénaire - qui se définit comme «un indigné», «un agitateur pour la bonne cause» - a décidé d'agir de son propre chef et de gérer lui-même les files d'attente.

L'homme a imprimé des milliers de tickets, valables selon lui jusqu'au 5 mars, qu'il entend distribuer chaque matin devant la préfecture à toutes les «personnes refoulées», les invitant ainsi à se représenter le lendemain dans les créneaux d'ouverture. Lundi matin, il a pourtant été cueilli par des agents de police, qui l'ont conduit pendant une heure au poste.

«C'est aberrant de voir des personnes attendre cinq heures, debout, dans le froid»

Cela ne l'a pas empêché de continuer la distribution avec une vingtaine de bénévoles, munis de gilets jaunes. «Il faut une semaine pour installer un logiciel de prise de rendez-vous sur Internet. Pas plus. C'est aberrant de voir que des personnes puissent attendre cinq heures debout dans le froid. Cela relève de la mauvaise volonté.»

«La préfecture ne peut, par sa capacité de traitement, prendre que 140 à 150 dossiers par jour pour les renouvellements, les demandes et les modifications, souligne le retraité. Au lieu de refouler les gens, on propose d'étaler leur venue sur plusieurs jours et de les organiser en fonction de leur numéro.»

«Chacun chez soi, les vaches seront bien gardées»

Une action qui n'a guère plu au préfet. «S'il veut faire mon boulot, il le fera en taule, lâche Jean-François Carenco, connu pour son franc-parler et son caractère bien trempé. S'il recommence, je porte plainte pour usage de faux en écriture.»

Qualifiant Bernard Houot d' «hurluberlu sympathique», le préfet ne décolère pourtant pas: «Est-ce que je viens chez lui, lui dire comment faire le café? Que chacun reste chez soi, les vaches seront bien gardées!»

«Pas un supermarché du titre de séjour»

La Préfecture du Rhône a indiqué recevoir 180.000 étrangers par an. Un chiffre en augmentation de 30% ces deux dernières années. Selon elle, un tiers des 150 personnes présentes dans les files d'attente le matin, pour des cartes de séjour «viendrait sans raison».

Quant à l'éventualité de mettre en place un système de rendez-vous pour les deux tiers restant, le préfet n'y songe pas. «Nous ne sommes pas un supermarché du titre de séjour», tempête-t-il.

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