Rhône-Alpes : 600 pompiers cherchent casernes désespérément

Pierre Comet
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« Le nombre de postes disponibles a été complètement surdimensionné, condamne Régis Vidal, secrétaire nationale du syndicat Sud Sdis
« Le nombre de postes disponibles a été complètement surdimensionné, condamne Régis Vidal, secrétaire nationale du syndicat Sud Sdis — Philippe Huguen afp.com

«Quand j’ai décroché ce concours, je l’ai vécu comme un aboutissement. J’étais persuadé de trouver rapidement un emploi stable. Je m’imaginais déjà avoir ma petite vie au sein d’une caserne de pompiers…»

Deux ans sont passés depuis la réussite d’Alexandre aux épreuves de soldat du feu organisées en région Rhône-Alpes. Et son euphorie et ses certitudes sont malheureusement retombées. Car un poste de pompier, le Lyonnais de 32 ans n’en a pas trouvé. Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir essayé.

«J’ai envoyé 300 courriers dans toute la France. Mais je n’ai jamais eu le moindre retour. Je n’ai pas été convoqué à un seul entretien. Je suis écœuré. J’ai donné tout ce que j’avais pour intégrer cette profession. J’ai été pompier volontaire à Meyzieu dès 16 ans. J’ai dépensé 2.000 euros pour un permis poids lourd. Je me suis entraîné physiquement pendant un an. Mais rien.»

80 % de chômeurs après deux ans !

Amer, Alexandre… Il n’est pas le seul. Loin de là. A en croire les statistiques établies par les syndicats de pompiers, sur les 3.000 lauréats du concours de mai 2013, 2.400 seraient toujours sur le carreau au niveau national. Soit 80 %. Et la sentence est la même en région Rhône-Alpes-Auvergne. Avec 600 lauréats sans emploi sur 750. Or… il ne leur reste plus qu’une année pour décrocher un poste car le concours n’est valable que trois ans.

«Le nombre de postes disponibles a été complètement surdimensionné, condamne Régis Vidal, secrétaire nationale du syndicat Sud Sdis. Le problème vient d’un manque de communication entre les départements. Les rares qui organisent des concours sont incapables de jauger les besoins des autres. Du coup, pour s’assurer de ne pas manquer, ils placent le curseur très haut. Quitte à en laisser beaucoup sur le bord de la route.»

Des budgets montrés du doigt

Face à cette situation aberrante, les syndicats n’entendent évidemment pas rester les bras croisés. Il y a quelques jours, ils se sont fendus d’un courrier au ministère de l’Intérieur. «Il faut remettre de l’ordre en centralisant les besoins, reprend Régis Vidal. Nous avons demandé au ministre de contraindre tous les départements à participer à l’organisation de ces concours.»

Concernant les actuels lauréats, le syndicaliste est, malheureusement, peu optimiste. «Ce ne sont pas les besoins qui manquent au sein des collectivités mais les budgets. Personne ne peut les contraindre à embaucher. Je ne me fais pas d’illusion. Surtout en cette période d’élections.»

Alexandre et les autres pompiers sur le carreau veulent tout de même se battre. A un an de la perte de leur concours, ils viennent de créer un collectif et une page Facebook. Ils ont aussi lancé une pétition et envisagent de mener une manifestation le 22 mai prochain. «On veut que le prochain concours soit annulé pour nous laisser une chance de trouver», proteste le Lyonnais.