Lyon: Un ancien porte parole identitaire jugé pour provocation à la haine raciale

JUSTICE Six mois de prison avec sursis ont été requis à l'encontre de Damien Rieu pour des propos tenus dans un reportage diffusé sur TLM, il y a deux ans...

Caroline Girardon

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Pierre Dufour, l'avocat de Damien Rieu
Pierre Dufour, l'avocat de Damien Rieu — C.Girardon/20 Minutes

«La liberté de s'exprimer a dans certains cas, des limites imposées par la loi et un certain humanisme». Le procureur de la sixième chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Lyon a requis lundi six de mois prison avec sursis à l'encontre de Damien Rieu.

Le jeune homme, ancien porte-parole de Génération identitaire, avait organisé à Lyon en janvier 2013 des maraudes destinées aux sans-abri «français de souche». Il s'en était largement expliqué dans la presse et notamment dans un reportage diffusé sur la chaîne de télévision TLM, elle aussi citée à comparaître dans la même affaire.

«La priorité du gouvernement : aider les immigrés»

«Les Français de souche sont aujourd'hui dans la rue. Ils ne peuvent pas accéder aux centres d'hébergement, ils ont des problèmes de logement, explique le garçon dans le reportage. Et nous pensons encore une fois que le facteur immigration est responsable de cette situation». Avant d'ajouter: «Notre priorité est d'aider les Français de souche comme la priorité du gouvernement est d'aider les immigrés et les Roms de ce pays».

A la barre, celui qui travaille désormais à la communication de la mairie de Beaucaire, assume ses propos avec un certain dédain, niant toutefois avoir «contrevenu à la loi». «La liberté d'expression n'existe plus dès lors que des propos visent à stigmatiser une catégorie de la population et inciter autrui à avoir un regard négatif voire haineux sur ces personnes», rétorque Matthieu Debiesse, avocat de l'association SOS Racisme, à l'origine de la plainte.

Preuve d'équilibre

De son côté, Jean-Pierre Vacher, directeur de la rédaction de TLM au moment des faits, se défend d'avoir «appelé à la haine raciale», arguant avoir «fait preuve d'équilibre» en ayant donné dans le reportage la parole à la Croix-Rouge et au préfet du Rhône. «Il ne s'agit pas d'épouser la thèse des identitaires mais de partir d'un fait précis pour informer les téléspectateurs», argumente-t-il.

«Doit-on être condamné pour avoir rendu compte de cette réalité? s'interroge Alain Jakubowicz, son avocat qui a plaidé la relaxe. Une condamnation serait la mort de la liberté d'expression et de la liberté de la presse. Le reportage est loin d'être une apologie de ce personnage (Damien Rieu)»

Jugement le 17 mars

Pour Pierre Dufour, avocat de Damien Rieu, l'infraction est loin d'être caractérisée. «On serait bien en peine de définir ce qu'est un Français de souche, avance-t-il. Condamner mon client pour ça reviendrait à interpréter ses propos».

Le jugement sera rendu le 17 mars. Concernant la responsabilité de TLM, le procureur s'en est remis à l'appréciation du tribunal.