Claude Bloch, la mémoire vive

SHOAH Toujours revenir. Arpenter de nouveau les allées sombres de l'horreur et du passé pour raconter et témoigner auprès...

Frédéric Crouzet

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Claude Bloch à Auschwitz.
Claude Bloch à Auschwitz. — F. CROUZET / 20 MINUTES

Toujours revenir. Arpenter de nouveau les allées sombres de l'horreur et du passé pour raconter et témoigner auprès des jeunes générations. Claude Bloch, retraité lyonnais de 78 ans, revient une nouvelle fois d'Auschwitz (Pologne), où il fut déporté à l'été 1944 avec sa mère, à l'âge de 15 ans. Ils firent partie d'un des derniers convois partis de Drancy, après avoir été arrêtés en juin à Crépieu (Rhône) par Paul Touvier, patron de la milice lyonnaise. Cette fois, il a accompagné des élèves du sud de la France. Le mois dernier, il guidait des collégiens de Lyon, Vaulx-en-Velin et Thizy lors d'un voyage organisé par le conseil général du Rhône. « C'est une nécessité, une obligation. Bientôt, nous ne pourrons plus y aller. On compte sur les jeunes pour raconter. Car il faut rester vigilant », estime-t-il.Claude Bloch, dont la mère a été conduite vers les chambres à gaz de Birkenau dès son arrivée, a mis près de quarante ans à pouvoir retourner dans les bâtiments de brique rouge d'Auschwitz-I, où il a survécu durant le rude hiver 1944. Presque autant à évoquer sa déportation avec ses trois fils. « Comme les autres, je me suis tu pendant longtemps. Quand je suis rentré à Lyon, en juillet 1945, j'avais l'impression d'être un martien. Les gens avaient déjà repris une vie normale. Personne ne nous posait de questions. Dans mon école de la Matinière, on s'est contenté de m'inscrire comme redoublant », raconte-t-il. En 1989, Claude Bloch prend sa retraite de comptable. La même année, Paul Touvier est arrêté. L'ancien déporté se porte partie civile et se replonge dans ces années sombres qu'il évoque toujours avec retenue. Entouré de collégiens, l'ancien matricule B3692 n'hésite plus à raconter ses journées, les chantiers de terrassements où il était affecté, les chambres à gaz détruites par des prisonniers, les morts. Toujours avec pudeur. « Pourquoi tout cela ? », s'interroge une élève devant les ruines des chambres à gaz de Birkenau. Claude Bloch hésite un instant. « On peut raconter. Mais expliquer, cela n'est pas possible. »

Dimanche, dans le cadre de la journée de commémoration de la Shoah, le nom des 75 721 Juifs de France morts en déportation sera lu de 9 h à 18 h 30, place Carnot (2e).