Lyon : La grève des médecins libéraux pèse sur les hôpitaux publics

SANTÉ Plusieurs cliniques ont cessé les opérations et fermé les urgences suite à la mobilisation des praticiens, en guerre contre le projet de loi santé…

Elisa Frisullo

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Les urgences médicales de l'hôpital Edouard Herriot , le 15 mai 2013. CYRIL VILLEMAIN/20 MINUTES
Les urgences médicales de l'hôpital Edouard Herriot , le 15 mai 2013. CYRIL VILLEMAIN/20 MINUTES — C. VILLEMAIN/20 MINUTES

Ils ne veulent rien lâcher tant qu’ils n’auront pas été entendus. Après deux semaines de mobilisation, les praticiens libéraux sont plus remontés que jamais contre le projet de loi santé de Marisol Touraine. A Lyon, où 400 personnes ont manifesté lundi contre cette réforme qui remet en cause notamment «leur indépendance, le libre choix du médecin par le patient, et place la médecine libérale sous la coupe de l’Etat et des organismes financeurs», l’heure est toujours ce mardi à la rébellion.  «Sous couvert d’avancées sociales, ce projet de loi va faire disparaître la médecine libérale. Nous ne sommes pas contre l’évolution du système de santé. Mais nous sommes des acteurs de terrain. C’est ubuesque de ne pas pouvoir participer à la réflexion, de ne pas avoir été concertés», tempête Sylvie Filley-Bernard, présidente de la conférence régionale (CR) des présidents de CME des établissements privés.

Du monde aux urgences

Comme cette anesthésiste, bon nombre de praticiens hospitaliers libéraux et médecins généralistes ont décidé depuis lundi de durcir le ton et de cesser leur activité. Les services d’urgence de l’hôpital privé Jean-Mermoz ont été fermés, les opérations programmées annulées et les urgences mains de la clinique du Tonkin sont à l’arrêt, selon la conférence régionale. Et la clinique Natecia, qui réalise plus de 4.000 accouchements par an, n’accueille plus que les parturientes dont l’état nécessite une prise en charge urgente. En conséquence, dans les hôpitaux publics de la Métropole, certains services sont en surchauffe. L’hôpital Femmes-Mères-Enfants de Bron commence sérieusement à souffrir de l’arrêt des accouchements à Natécia. «Lyon Sud est surchargé, les urgences d’Edouard Herriot, déjà chargées en temps normal, accueillent 120 patients par jour au lieu de 80 en moyenne. Le pavillon A de l’hôpital, réservé aux urgences traumatologiques et chirurgicales, 113 par jour au lieu de 80», indique ce mardi les Hospices civils de Lyon. «Lundi, à 17 h, il y avait encore 50 patients dans les murs et non pris en charge contre 10 en temps normal. Les délais d’attente ont explosé», confie un infirmier du pavillon A.

Des réquisitions de médecins en cours

Pour éviter l’asphyxie des établissements publics, l’Agence régionale de santé réalise depuis lundi, en lien avec les autorités, des réquisitions de praticiens libéraux. «L’objectif est de maintenir un accès aux soins fiable, notamment pour la pédiatrie, la gynécologie, les services d’urgence et de réanimation», indique-t-on à l’ARS. Depuis lundi, 37 spécialistes libéraux ont ainsi été réquisitionnés sur arrêtés de la préfecture du Rhône.