Lyon: François Cluzet «mal à l'aise» au tribunal face à l'ex-flic Michel Neyret

JUSTICE Jugé pour diffamation envers l'ancien commissaire Michel Neyret par le tribunal correctionnel de Lyon, l'acteur François Cluzet s'est excusé pour son trait d'humour raté...

Nicolas Vaux-Montagny

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L'ancien commissaire Michel Neyret (à gauche) sert la main de l'acteur François Cluzet qu'il poursuivait pour diffamation. AFP PHOTO/PHILIPPE DESMAZES
L'ancien commissaire Michel Neyret (à gauche) sert la main de l'acteur François Cluzet qu'il poursuivait pour diffamation. AFP PHOTO/PHILIPPE DESMAZES — AFP

François Cluzet ne sait plus comment s'excuser pour la mauvaise blague qui l'a envoyé à la barre d'un tribunal correctionnel, mardi à Lyon, pour diffamation. «C'est la première fois que je me retrouve devant un tribunal, je me sens mal à l'aise», souligne d'emblée l'acteur d'Intouchables aux juges, mais aussi aux nombreux curieux et journalistes présents dans une salle d'audience devenue trop étroite.

«C'est peut-être le commissaire Neyret qui a piqué le butin de Toni Musulin», avait-il plaisanté avec un journaliste du Progrès en mars 2013 lors d'un entretien pour la promotion du film 11.6 racontant le vol du convoyeur. Le Progrès en avait fait son titre. «Je suis d'accord pour dire que ce n'était pas très drôle. J’ai cru faire un bon mot et je reconnais qu'il n'était pas très bon», explique François Cluzet.

>> A lire par ici: Le convoyeur Toni Musulin et sa «tirelire» secrète

Susceptibilité

Béret en laine à la main, veste en cuir marron sur les épaules, l'acteur ne joue pas et en devient presque susceptible. «Je ne connais pas Monsieur Neyret, je l'ai connu par la presse. c'était un trait d'humour que j'aurais dû éviter».

- «Surtout quand on n'est pas spécialiste», rétorque Yves Sauvayre, avocat de Michel Neyret.

- «De quoi vous me parlez?», questionne à deux reprises l'acteur pris de susceptibilité.

-«Vous n'étiez pas dans un cadre humoristique lors de cette interview et vous n'êtes pas un spécialiste de l'humour», lui répète l'avocat. La conversation se tend et est interrompue par le président Gérard Gaucher qui leur propose d'aller terminer cette conversation au café.

«Quand je vois le titre de l'article, je n'y vois ni connotation humoristique ou ironique», souligne l'ancien commissaire Michel Neyret qui dit être «interpellé dans la rue pour (lui) parler des 2.5 millions d'euros». Pour l'ancien commissaire qui «adore l'acteur», cette phrase «a nourri l'imaginaire collectif». Et lui a causé du tort. «Toni Musulin est responsable de la disparition des 2.5 millions», martèle Michel Neyret, partie civile dans cette affaire de presse très éloignée de ses mises en examen notamment pour corruption.

Pas de réquisitions

«Il y a quelques années, il y avait un slogan qui disait 'si c'est vrai c'est dans Le Progrès'. Aujourd'hui, on a un peu abandonné ce slogan», plaide Yves Sauvayre pour qui Michel Neyret «a été jeté en pâture». Son autre avocate Aurélie Sauvayre demande 10.000 euros de dommages et intérêts pour chacun des prévenus: François Cluzet mais aussi le directeur de publication du Progrès et le journaliste. Les deux derniers étaient absents du tribunal.

Le ministère public a décidé de ne pas requérir, préférant s'en remettre à la sagesse du tribunal. Pour Pascal Garbarini, avocat de François Cluzet, il y a eu «carambolage» entre deux noms et deux affaires très médiatiques. «Le cinéma vous en veut Michel Neyret. Vous avez voulu avoir un rôle principal, vous l'avez. Vous êtes un personnage public».

« Gaudriole »

«On est dans la gaudriole, on n'est pas sur des propos sérieux», a considéré l'avocat en plaidant la relaxe de son client. François Cluzet revient à la barre et souhaite répondre à Me Yves Sauvayre. «Vous dites que je ne suis pas un humoriste. Vous ne connaissez pas ma filmographie. Puis s'excuse encore: On ne peut pas faire rire sans être ridicule et aujourd'hui je me sens ridicule d'avoir dit cela». Le tribunal va-t-il rire? Délibéré le 12 février.