Une start-up lyonnaise utilise du lait de vache pour fabriquer du plastique

INNOVATION Les créateurs de la société Lactips, basée à Saint-Fons, ont mis au point une technologie qui permet de fabriquer du plastique biodégradable, hydrosoluble et biosourcé. Une innovation brevetée qui devrait permettre à moyen terme de commercialiser des emballages comestibles...

Elisa Frisullo

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Le 18 septembre 2014, à Saint-Fons. La société lyonnaise Lactips fabrique du plastique à base de protéine de lait de vache. Une technologie qui permet déjà de fabriquer des craies pour aquarelle ou des films d'emballages hydrosolubles pour dosettes de lessive.
Le 18 septembre 2014, à Saint-Fons. La société lyonnaise Lactips fabrique du plastique à base de protéine de lait de vache. Une technologie qui permet déjà de fabriquer des craies pour aquarelle ou des films d'emballages hydrosolubles pour dosettes de lessive. — Elisa Riberry / 20 Minutes

Fabriquer des sachets de thés, de sucre ou de chocolat comestibles à partir de lait de vache. Voilà le pari fou que s’apprêtent à relever Marie-Hélène Gramatikoff, Fabrice Plasson et Frédéric Prochazka, créateurs de Lactips. Cette start-up lyonnaise, qui a vu le jour en avril et est installée depuis la rentrée au sein de la plateforme de recherche en matériaux innovants Axel’One à Saint-Fons, est spécialisée dans la fabrication de plastique «hydrosoluble, biodégradable et biosourcé», à partir de protéine de lait, la caséine. Le chercheur du trio, Frédéric, installé dans un laboratoire de Saint-Etienne, a mis au point une technologie innovante et brevetée permettant aujourd’hui de transformer cette protéine en un granulé plastique, utilisable pour donner vie à une multitude de produits.  

Des marchés de centaines de millions d’euros en perspective

«Aujourd’hui, le plastique, c’est 96% de pétrole et 4% environ de ressources biosourcées (issus de la biomasse végétale ou animale), explique la directrice générale de Lactips Marie-Hélène Gramatikoff. Nous sommes dans cette seconde catégorie puisque nous produisons du plastique qu’avec des produits naturels qui sont totalement digérés par l’environnement au bout de 18 jours». Pour commencer, la start-up, mobilisée sur ce projet depuis des années, a décidé de se concentrer sur le développement de trois applications différentes, ouvrant potentiellement «sur des marchés de plusieurs centaines de millions d’euros».

Des produits en vente en 2015?

A partir des granulés plastifiés, elle a mis au point un filament en plastique coloré destiné à l’impression 3 D. Plus ludique, la société a également créé un crayon d’aquarelle hydrosoluble, c’est-à-dire soluble dans l’eau, y compris à basse température. Sur le même principe, elle a également fabriqué un film phytosanitaire, utilisable notamment pour emballer les dosettes de produits lave-vaisselle ou de lessive. «L’objectif est de se substituer à des produits qui existent déjà mais qui sont polluants», ajoute la créatrice de Lactips, qui espère une mise sur le marché de ces différentes innovations courant 2015. Une fois cette première phase passée, Lactips s’imagine révolutionner le marché alimentaire, en proposant des emballages comestibles, comme des sachets de thé, de chocolat, de sucre ou de sirop, qui pourraient se dissoudre au contact de l’eau ou du lait. La start-up, qui travaille déjà sur cette application avec le technopôle Alimentec de Bourg-en-Bresse, espère être en mesure de lancer ses premiers tests fin 2015 pour un début de commercialisation en 2017.

Levée de fonds

Mais pour réussir son pari, la jeune société, qui à terme aimerait créer sa ligne de production dans la région lyonnaise, a besoin d’argent. Elle a donc lancé une levée de fonds et compte sur le soutien des industriels français et étrangers avec lesquels elle est déjà en contact, pour financer les processus de test et de fabrication. La société compte réaliser un chiffre d’affaires de 6 millions d’euros dans 3 ans et de plusieurs dizaines de millions d’euros d’ici 2020 et embaucher à cet horizon une cinquantaine de collaborateurs.