«Les musulmans se sentent toujours suspectés de quelque chose», estime le recteur de la Grande Mosquée de Lyon

DJIHADISME Kamel Kabtane regrette que la communauté musulmane soit régulièrement stigmatisée...  

Caroline Girardon

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Kamel Kabtane, recteur de la Grande Mosquée de Lyon
Kamel Kabtane, recteur de la Grande Mosquée de Lyon — JEFF PACHOUD / AFP

Une communauté en émoi? Pas vraiment, à en croire Kamel Kabtane, le recteur de la Grande Mosquée de Lyon. Alors que le parquet anti-terroriste de Paris a interpellé depuis mardi, à Vaulx-en-Velin et Meyzieu, six personnes soupçonnées de recruter des femmes pour le djihad en Syrie, le recteur assure que «la communauté continue à vivre sa vie». Mais elle en a marre d'être régulièrement stigmatisée.

«Ce n'est pas d'aujourd'hui. On a beau faire des séminaires ou des conférences. Cela ne change guère, regrette-t-il. A chaque fois qu'il y a des arrestations, l'opinion publique pense systématiquement que nous sommes au courant de ce qui se tramait.» Aujourd'hui, Kamel Kabtane en appelle à un autre discours.

Frustration et désamour

«Comme Manuel Valls l'a récemment fait auprès des patrons, on aurait besoin que le gouvernement dise: "Musulmans, je vous aime", martèle-t-il. Il faut des paroles et des actes. Il faut faire en sorte que nos jeunes se sentent chez eux, car aujourd'hui, il y a une grande frustration et un sentiment de désamour.»

«Les musulmans se sentent toujours visés ou suspectés de quelque chose», poursuit Kamel Kabtane qui souhaite que «le gouvernement donne des signes en direction de la communauté musulmane.» «Comme les catholiques ne sont pas responsables des actes de l'ETA en Espagne ou de l'IRA en Irlande, les musulmans ne sont pas responsables de ce qui passe en France ou partout ailleurs!»