Moins polluées, les eaux du bassin rhodanien attirent de nouveau les poissons

ENVIRONNEMENT Le bilan de la qualité des cours d’eau et nappes souterraines, présenté ce mercredi par l’Agence de l’Eau Rhône Méditerranée Corse, fait état d’une amélioration de la qualité des cours d’eau…

Elisa Frisullo

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Les grands cours d'eau - Rhône, Saône et Doubs - sont contaminés aussi par nombre d'hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP).
Les grands cours d'eau - Rhône, Saône et Doubs - sont contaminés aussi par nombre d'hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP). — Jean-Philippe Ksiazek afp.com

Depuis quelques années, les poissons sont plus à la fête dans nos cours d’eau. Ce constat a de nouveau été dressé ce mercredi matin par l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse, lors de la présentation de son rapport 2014 sur l’état des rivières, fleuves et ruisseaux et nappes phréatiques. «Les poissons préfèrent ce bilan-là, a ironisé Martin Guespereau, directeur général de l’Agence. Ils reconquièrent notre axe rhodanien de manière claire, à commencer par les poissons migrateurs qui remontent de la mer aux fleuves».

Ainsi en trois ans, les civelles, de jeunes anguilles, ont été multipliées par six dans l’étang de Vaccarès en Camargue. Et dans le Gardon, premier affluent du Rhône, une centaine d’aloses ont été observées. A Lyon, dix-sept espèces de poissons ont de nouveau franchi le Rhône depuis la création, en 2013, d’une rivière artificielle, destinée à contourner le barrage de Jons.

Du Roundup dans trois quarts des rivières

Si ce retour des poissons confirme l’amélioration globale de l’état des eaux sur le bassin, dont plus de 50% sont aujourd’hui considérés en «bon état» et un tiers en «bon état stabilisé», des points noirs demeurent. «Depuis les années 2000, on a constaté une forte diminution de la pollution organique (liée aux déchets domestiques, industriels…) urbaine. En revanche les pesticides ne refluent pas. Ils ont diminué mais leur taux désormais ne baisse plus», ajoute le directeur général. Le Roundup (glyphosate), très largement utilisé par les agriculteurs sur les bassins Rhône Méditerranée et Corse, est encore présent dans trois quarts des rivières. «Il dépasse sur certaines zones jusqu’à 200 fois la norme pour l’eau potable dans les cours d’eau», précise l’agence de l’eau dans son rapport.

Les pesticides interdits encore utilisés?

Autre constat plus préoccupant encore, des pesticides pourtant interdits depuis dix ans par la législation, sont encore retrouvés dans un quart des analyses réalisées dans les rivières. On en retrouve notamment en période d’épandage comme dans le Beaujolais (dans le Morgon) ou en Bourgogne (dans le Denante). Ces pesticides interdits, qui peuvent rester des centaines de milliers d’années dans les nappres phréatiques, devraient toutefois être beaucoup moins présents dans les cours d’eau. «On ne peut donc pas exclure qu’il en soit fait encore usage», ajoute Martin Guespereau. Cette pollution nuit forcément à la survie des poissons et des invertébrés aquatiques (vers…), premiers indicateurs de la qualité des eaux.